Ligny, Quatre-Bras, Waterloo, Wavre


 
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 EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY

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rodolphe
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Date d'inscription: 05/09/2005

MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:42

FAUTES COMMISES PAR LE GENERAL VANDAMME


15 JUIN :

Par suite de l’organisation de la nouvelle donnée à l ‘armée par l’Empereur le 15 juin, le corps
du général Vandamme faisait partie de l’aile droite de l’armée, et il arriva plus tard à
Charleroi, le 15, qu’on ne l’y attendait. Toutefois il serait injuste d’inculper le général
Vandamme à ce sujet, car il paraît constant que l’ordre du mouvement qu’il devait faire le 15,
ne lui était pas parvenu en temps utile, lui ayant été envoyé au cantonnement qu’il avait
occupé dans la nuit du 13 au 14, etc.

Après avoir passé la Sambre à Charleroi, je me trouvais en face du corps de Ziethen, fort de
15 à 20.000 hommes, qui était en bataille sur la route de cette ville à Fleurus et près du village
de Gilly. J’en fis prévenir l’Empereur qui vint le reconnaître, et m’ordonna de l’attaquer dès
que j’aurais été rejoint par le 3e corps. En effet, n’ayant avec moi que de la cavalerie légère et
des dragons, je ne pouvais chasser les Prussiens de la position qu’ils occupaient avant
l’arrivée du général Vandamme. Dès que celui-ci parut, et sans attendre mes ordres, il prit sur
lui d’attaquer les Prussiens, et cette attaque isolée fut repoussée. Je la fis renouveler par le
général Vandamme et l’appuyai en tournant le flanc gauche des Prussiens à la tête du corps de
cavalerie du général Exelmans. Mais l’attaque intempestive de Vandamme causa la vie à
nombre de soldats, et notamment au général de la garde Delort.

Le général Vandamme ne tarda pas à en commettre une seconde d’une nature plus grave, et
qui eût de fâcheux résultats.

Ayant mené battant le général Ziethen depuis le village de Gilly jusqu’à Fleurus, où il s’était
rallié à divers corps prussiens qui, dans le cours de la journée, s’y étaient rendus des
cantonnements qu’ils occupaient près de cette ville, et ne pouvant les chasser de Fleurus avec
ma seule cavalerie, j’envoyai ordre au général Vandamme qui, au lieu de suivre mon
mouvement, avait fait prendre position à ses troupes à la lisière des bois qui couronnent les
hauteurs de Fleurus, d’en descendre, et de venir en toute hâte me seconder dans l’attaque de
Fleurus. Il importait d’en chasser les Prussiens, l’Empereur m’ayant ordonné non seulement
d’occuper Fleurus, mais même Sombreffe, et de pousser des avant-postes sur toutes les routes
de Namur et de Gembloux . Le général Vandamme se refusa positivement d’obéir à mes
ordres de sorte que ceux que m’avait donnés l’Empereur ne purent être exécutés.

S’ils l’avaient été, il est plus que probable que les dispositions qu’adopta l’Empereur le 16,
eussent été fort différentes, et que l’armée prussienne eût été rejetée vers Namur, et que
conséquemment sa jonction avec l’armée anglo-belge n’eût pu avoir lieu.

On voit déjà les funestes résultats de la désobéissance du général Vandamme à mes ordres. Il
est permis de croire que les reproches immérités que lui adresse l’Empereur à l’occasion de la
tardive arrivée de son corps à Charleroi, l’avaient indigné au dernier point. Employé
longtemps à l’armée de la Sambre et Meuse et du Rhin, il avait plus d’une fois donné de
cruels embarras à Jourdan et à Moreau, mais ses talents militaires et sa brillante valeur les lui
avaient fait pardonner.

Les fautes du général Vandamme se renouvellent durant la matinée du 18. Vers onze heures et
Demie, je fis attaquer l’arrière-garde de l’armée prussienne, qui avait pris position à une
demi-lieue de Sart-à-Walhain, et après qu’elle eût été culbutée, je la quittai momentanément
pour faire moi-même une rapide et courte reconnaissance à une demi-lieue sur sa gauche, à
l’extrémité du bois de Valembron, afin d’apprécier, d’après son intensité, si la canonnade qui
avait lieu vers Mont Saint-Jean était le résultat d’un engagement d’arrière-garde ou d’une
affaire générale. Avant de m’éloigner, je fis dire au général Vandamme, par son aide de camp
Bella, de ne poursuivre les Prussiens que jusque sur les hauteurs de Wavre, de les en chasser
s’ils essayaient d’y tenir, et d’y prendre position. Mais je lui fis plus spécialement
recommander de ne point s’enfoncer dans les faubourgs de Wavre, et d’attendre sur les
hauteurs que l’eusse rejoint.

Cet ordre fut encore méconnu par le général Vandamme, de sorte que quand je le rejoignis,
je trouvai le 3e corps enfourné dans le faubourg de Wavre, où il souffrait beaucoup du feu des
nombreuses batteries des Prussiens, placées à plusieurs étages sur la rive gauche de la Dyle, et
de la fusillade qui partait des maisons crénelées que l’infanterie prussienne occupait sur les
bords de cette rivière.

Cette faute fut en partie cause des embarras que j’eus pour forcer le passage de la Dyle. Je les
Aurais probablement vaincus si j’eusse pu mettre à exécution le plan d’attaque que je me
proposais de faire, mais que je ne pouvais définitivement arrêter, avant d’avoir reconnu le
terrain et apprécié par moi-même les obstacles naturels à vaincre et les difficultés apportées
au passage de la rivière par les ennemis ; les ponts sur la Dyle entre le faubourg et la ville
n’ayant pu être emportés. Le général Vandamme fit attaquer le moulin de Bielge, que les
Prussiens occupaient sur la rive gauche et ne put s’en rendre maître.

L’insuccès de l’attaque du moulin de Bielge ne paraît pas devoir être imputé au général
Vandamme ; il fut le résultat de la négligence des officiers du génie et de l’état-major, qui
furent chargés d’explorer les abords et qui le firent d’une manière incomplète ; car il était trop
homme d’expérience et du métier, pour faire attaquer une position sans l’avoir parfaitement
fait reconnaître.

Mais ces officiers n’apprécièrent probablement pas toute l’importance de la possession de ce
Moulin, qui eût assuré au 3e corps la possibilité du passage de la Dyle, et ils firent preuve dans
Cette circonstance d’une funeste impéritie.

Encore un des torts graves du général Vandamme fut celui-ci. Après un combat long et
Acharné, j’étais parvenu à forcer le passage de la Dyle à Limale et à débusquer les Prussiens
Des hauteurs qu’ils occupaient sur la rive gauche de la Dyle, où ils avaient repris position. M’
Attendant à être attaqué le lendemain, j’écrivis à onze heures et demie du soir au général
Vandamme de se mettre de suite en mouvement, attendu qu’il était probable que les Prussiens
Essaieraient dès que le jour paraitraît de me rejeter de l’autre côté de la Dyle. J’ajoutais que,
d’ailleurs, je me proposais moi-même de prendre l’offensive, afin de repousser au loin les
Prussiens, et de me rapprocher de l’Empereur, ainsi qu’il m’en avait été donné l’ordre par une
dépêche en date du champ de bataille de Waterloo, le 18, à 4 heures de l’après-midi, dépêche
dont j’ai déjà eu occasion de parler.

Mes prévisions se réalisèrent, les Prussiens fondirent sur moi le 19, à 3 heures du matin, et
Après un combat sanglant et acharné, je les enfonçai, et j’étais en pleine marche vers
Bruxelles, lorsque la nouvelle du désastre de Waterloo me fut apportée par un officier d’état-
Major-général. J’abandonnai la poursuite des Prussiens et préparai mon mouvement de
Retraite.

La journée du 19 juin donna encore lieu à une faute de la part du général Vandamme. On
Appréciera sa gravité, en apprenant qu’elle pouvait être funeste au 4e corps, et de le forcer à
mettre bas les armes.

Instruit du grand désastre de Waterloo, sans que l’officier d’état-major général qui me l’apprît
pût me dire sur quel point se retirait l’Empereur, et sans que le major-général eût fait
connaître dans quelle direction il convenait que je me portasse, je divisai mon corps en deux
colonnes ; celle de gauche formée, du 3e corps, eut ordre de se reployer par Wavre, de
marcher jusqu’à la nuit, de prendre position à une lieue ou une lieue et demie de Namur, où
je lui adresserais des ordres de mouvement pour le 20. Je le prévins en outre que je me retirais
avec le 4e corps que je commandais depuis que la blessure du général Gérard l’avait forcé à le
quitter, sur Gembloux où j’espérais arriver à la chute du jour. Enfin je lui enjoignis de ne
point quitter la position qu’il aurait occupée dans la nuit du 19 au 20, sans de nouveaux
ordres de ma part. Je lui recommandai aussi spécialement de m’informer s’il avait été
poursuivi par l’ennemi, et de m’instruire de ce qu’il aurait pu apprendre quant à ces
mouvements.

Le général Vandamme ne tint pas état de mes ordres. Au lieu de demeurer à la tête de son
corps le 19, il le quitta pour se rendre, de sa personne, à Namur, abandonnant ainsi sa troupe
, dans le moment où il était le plus nécessaire de ne pas la quitter ; il ne m’envoya à
Gembloux aucuns rapports pendant la nuit du 19 au 20, ne m’envoya aucun de ses officiers
Pour m’informer de l’état des choses de son côté, et j’étais livré à de pénibles incertitudes,
Quand j’appris par un de mes officiers que j’envoyais à Namur, et qui vint me rejoindre à
Temploux, qu’un corps considérable de Prussiens me coupaient la route de cette dernière ville
où il n’avait pu se rendre.

Je me déterminai à marcher à l’instant, grâce à la bravoure et au dévouement dont donna dans cette circonstance critique la brave cavalerie commandée par le général Valin. Je me portai alors en toute hâte vers Namur, où une forte canonnade se faisait entendre.

Le 3e corps vivement attaqué par les Prussiens, sans chefs, sans ordres, et ne sachant ce qu’il devait faire, effectuait sa retraite vers Namur ; et fort pressé par les Prussiens, il éprouvait des pertes et les Prussiens s’en seraient rendus maîtres, si ma prompte arrivée ne les eût arrêtés. A mon arrivée, le 3e corps s’arrêta dans son mouvement rétrograde, contint l’ennemi et donna au 4e corps le temps d’arriver.

Comment expliquer, comment justifier la conduite du général Vandamme qui, dans des circonstances difficiles, ayant abandonné le 19 au soir son corps d’armée, était venu se reposer de ses fatigues à Namur, et pourquoi ?

Je ne veux me livrer à aucune investigation à cet égard. Les antécédents du général Vandamme n’induisent que trop à présumer de quelle nature étaient ces motifs.

La pénible tâche que des attaques imméritées de quelques subordonnés m’ont forcé de m’imposer, est enfin arrivée à son terme, et je me plais à reconnaître que depuis jusqu’au moment où je remis le commandement de l’Armée du Nord entre les mains du maréchal Davoust, ministre de la guerre et commandant toutes les troupes réunies (après l’abdication de Napoléon ) sous les murs de Paris, je n’ai eu qu’à me louer du général Vandamme et de celle de tous les officiers généraux et particuliers qui, fidèles à l’honneur et à la patrie, n’abandonnent point leurs postes.
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rodolphe
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:44

PREMIERE DECLARATION DU GENERAL LE SENECAL qui a été envoyé au maréchal Grouchy, aux Etats-Unis, en 1818

Je, soussigné, déclare que le 17 juin 1815, vers une heure de l’après-midi, M. le maréchal Grouchy ayant reçu l’ordre de poursuivre les Prussiens, transmit immédiatement aux généraux Gérard et Vandamme l’injonction de faire prendre les armes à leurs troupes ; qu’il se porta de sa personne au quartier-général du général Gérard dans une des maisons du village de Ligny, pour presser les mouvements de son corps ; que plusieurs heures s’écoulèrent avant qu’il fût en mesure de s’ébranler, et qu’impatient de sa lenteur, le maréchal Grouchy rejoignit la tête de la colonne du général Vandamme, qu’il avait dirigée sur Gembloux où il la devança, à l’effet d’avoir des renseignements, tant des habitants que du général Exelmans qui était dans cette ville.

Il est à ma connaissance que les dernières troupes du général Gérard n’y arrivèrent avant onze heures ou minuit.

J’atteste avoir transmis au général Gérard l’ordre de se remettre en marche le 18 de très bonne heure, de suivre le mouvement du général Vandamme et d’avoir quitté Gembloux avant six heures.

Je certifie que depuis son départ de Ligny, le 17 juin jusqu’au 19 au matin, temps durant lequel j’ai constamment été avec M. le maréchal Grouchy, il ne lui est parvenu aucune autre dépêche ou ordre de la part de Napoléon que deux lettres, l’une datée de la ferme de Caillou, le 18 à dix heures du matin, l’autre du champ de bataille de Waterloo, le 18 à une heure de l’après-midi ; cette dernière lui fut remise assez tard dans la soirée du 18 : on se battait alors devant Wavre et sur les bords de la Dyle . Après avoir lu cette lettre, M. le maréchal Grouchy, accompagné du général Gérard, retourna à la Baraque, au-devant de la partie du corps du général Gérard qui était en arrière, afin de la diriger sur Saint-Lambert ; mouvement qui ne put avoir lieu faute de guides, les généraux commandant les troupes n’en ayant point avec eux et n’en pouvant trouver à la Baraque qui n’est qu’une maison isolée.

En foi de quoi et comme un hommage à la vérité, j’ai signé ce présent.

Pour copie conforme :

Le maréchal de camp Le Sénécal
Chef à l’état-major de la cavalerie de l’armée en 1815.
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rodolphe
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:45

SECONDE DECLARATION DE LE SENECAL

Du Chef d’état-major de l’aile droite
Le général Le Sénécal

Campagne de Waterloo

Le 14 juin, les premières paroles adressées au maréchal Grouchy par l’Empereur, lorsqu’il arrivait de Paris à Laon, furent pour lui demander si la cavalerie était réunie à la frontière. Sur sa réponse négative qu’elle ne l’était point, n’ayant pas reçu l’ordre à cet égard, Napoléon témoigna son étonnement que le major-général ne lui eût pas encore adressé. Toutefois, ce retard fut réparé par les marches forcées de la cavalerie qui arriva à temps, mais extrêmement fatiguée.

Le 15 juin, de bonne heure, le maréchal Grouchy traversa Charleroi, suivi d’une partie de la cavalerie légère du général Pajol. Nous n’étions pas à un petit quart de lieue de cette ville que nous découvrîmes le corps prussien du général Ziethen en bataille de l’autre côté d’un vallon assez profond, où coule un ruisseau et que couronnent les hauteurs qui le dominent. Le maréchal fit prévenir l4empereur qui, après avoir examiné avec lui la position de l’ennemi, lui donna l’ordre de la faire attaquer aussitôt que les dragons du général Exelmans qui étaient encore en arrière seraient arrivés. Cette attaque eut lieu dès qu’ils l’eurent joint. Les Prussiens furent culbutés et poursuivis à travers les bois jusque près de Fleurus, où ils prirent position. Ne pouvant, avec sa seule cavalerie, les en chasser, le maréchal envoya au général Vandamme, qui était arrivé avec son corps à la lisière des hauteurs boisées qui dominent Fleurus, l’ordre de se porter en hâte vers cette ville, afin de profiter du peu de jour qui restait pour attaquer de concert avec lui les Prussiens, les chasser de Fleurus, et compléter leur déroute.

Le général Vandamme s’y refusa et le maréchal envoya un de ses officiers à l’Empereur por l’en prévenir et s’en plaindre.

L’Empereur, qui était resté à Charleroi, répondit que les ordres les plus précis seraient donnés aux généraux commandant les corps d’infanterie, afin qu’ils ne pussent se soustraire à l’exécution des ordres du maréchal.

Le 16 juin, vers les dix heures du soir, l’Empereur envoya un de ses officiers au maréchal Grouchy, pour lui dire de venir le joindre à Fleurus, où il se rendait.

Le maréchal lui fit répondre qu’il ne pouvait encore quitter ses troupes, que les Prussiens effectuaient leur retraite lentement et en bon ordre ; qu’ils recevaient de moment en moment des troupes qui leur venaient de Saint-Amand, et que quand il les serrait de près, ils faisaient halte et paraissaient disposés à prendre l’offensive, afin de ne pas se laisser couper de leur aile droite.

Espérant y parvenir, le maréchal les fit charger par la cavalerie du général Vallin, et cette attaque eut pour résultat désiré, celui d’accélérer leur retraite.

Vous vous rendîtes alors près de l’Empereur qu’on vous dit être malade te couché, et que vous ne pûtes voir.

Le 17 juin, avant le jour, le maréchal envoya des officiers aux différents corps de cavalerie, ordonnant à leurs commandants de pousser des reconnaissances dans diverses directions pour avoir des nouvelles de l’ennemi. Le même ordre fut donné au général Pajol et en outre celui de le poursuivre avec sa cavalerie légère. Un e division d’infanterie reçut injonction de joindre le général Pajol.

Après l’expédition de ces ordres et au point du jour, le maréchal se rendit chez l’ Empereur et attendit sans pouvoir lui parler jusque près de huit heures : alors l’Empereur lui fit dire qu’il allait monter à cheval pour visiter le champ de bataille de la veille et qu’il l’y suivrait. J’ y accompagnai le maréchal.

Vers midi et demi ou une heure, l’Empereur ordonna au maréchal de se mettre à la poursuite des Prussiens, de tâcher de les joindre et de les attaquer.

Le maréchal me fit part des ordres verbaux qu’il venait de recevoir, et rien ne permettait de présumer que l’intention de l’Empereur fût que le maréchal se plaçât entre les Prussiens et lui, et débordât leur flanc droit. Le maréchal me confia même ses regrets de ce que ses observations et dans le doute si la retraite du général prussien s’effectuait ou non sur la Meuse, l’Empereur ne se fût pas décidé à le faire marcher sur le flanc de son armée à portée de s’interposer au besoin entre Blücher et elle. On était généralement persuadé que les Prussiens se retiraient sur la Meuse vers Namur et Maëstricht, et les Anglais sur Bruxelles. L’Empereur le croyait lui-même, puisque le major-général l’écrivit au ministre de la guerre.

Aussitôt après avoir reçu l’ordre de l’Empereur, le maréchal se rendit près du général Gérard à Ligny, pour lui donner lui-même l’ordre de se mettre en marche. A son retour, je l’entendis se plaindre d’avoir éprouvé de la difficulté à se faire obéir. Les troupes du général Vandamme étaient déjà en marche dans les directions qui leur avaient été désignées, lorsqu’un violent orage accompagné d’une pluie abondante éclata et se prolongea fort dans la nuit, ce qui empêcha les troupes du général Vandamme aussi loin qu’elles en avaient l’ordre ,et détermina ce général à leur faire prendre position à peu de distance au-delà de Gembloux, à environ une demi-lieue. Les troupes du général Gérard commencèrent à arriver par parcelles peu avant la nuit, et n’étaient pas encore réunies à onze heures du soir à Gembloux. La direction de ce deux corps leur fit alors donnée, de manière à ce que le général Vandamme fût en marche le lendemain 18, à la pointe du jour, et le général Gérard à six heures du matin, se portant l’un et l’autre sur Sart-à-Walhain.

Le 18, avant le jour, en quittant Gembloux, le maréchal envoya un officier, avec quelques hommes de son escorte, faire une reconnaissance sur la gauche et notamment vers le pont de Moustiers, afin de s’assurer si les colonnes prussiennes y avaient passé. Son rapport fut que les ennemis s’étaient dirigés vers Wavre, qu’aucune de leurs troupes n’occupaient le pont ni les bords de la Dyle.

Avant le lever du soleil, le maréchal avec tou son état-major était à cheval, se dirigeant sur Sart-à-Walhain, et nous avons trouvé les troupes du général Vandamme déjà à une lieue et demie de Gembloux.

Ni dans la nuit du 17 au 18, ni dans les premières heures de la matinée du 18, aucun avis verbal ou écrit d’aucun général ou chef de corps, n’ont pu faire présumer que des colonnes prussiennes se portassent de Wavre vers Waterloo ; la confiance du maréchal et mes fonctions près de lui me le garantissent ; dans cet intervalle, le maréchal n’a reçu que deux dépêches du général Exelmans. La dernière transmise verbalement par un aide de camp au moment où le maréchal allait quitter Sart-à-Walhain, portait simplement : que son général avait en vue une arrière-garde prussienne avec du canon. Le maréchal fit attaquer à l’instant cette arrière-garde au bois de Limelette, dont on le débusqua facilement, et elle fut repoussée jusqu’à Wavre. Tous les avis et informations portaient et faisaient croire qu’une partie de l’armée prussienne était concentrée à Wavre et que le reste se dirigeait sur Louvain. Ces rapports unanimes firent hâter le mouvement du maréchal vers Wavre.

Quand nous quittâmes Sart-à-Walhain, une seule des divisions du général Gérard y était arrivée. Le canon s’étant fait entendre sur notre gauche, tandis que nous étions à Sart-à-Walhain, nous crûmes tous que c’était celui d’une affaire d’arrière-garde seulement. Après l’information ci-dessus de l’aide de camp du général Exelmans, l’attaque et la retraite des Prussiens qui en résulta, le maréchal se rendit à l’extrémité du bois de Limelette pu accompagné :plus rapproché alors de la canonnade, il revint convaincu que c’était celle d’une affaire générale. Lorsque nous fumes nous-mêmes en mouvement, la continuation de la canonnade et notre rapprochement nous firent partager à tous cette opinion. Un instant avant, vers midi et demi et au moment de l’attaque de l’arrière-garde prussienne, au bois de Limelette, une dépêche du major-général enjoignit au maréchal de se porter promptement sur Wavre. Il se félicita alors hautement de ne pas avoir suivi l’avis qui lui avait été donné, de marcher sur la canonnade, chose contraire à ses ordres et qui lui eût fait perdre la possibilité d’exécuter celui qu’il recevait alors.

Pendant notre trajet de Sart-à-Walhain à Wavre, le général Pajol rendit compte au maréchal, qu’il ne trouvait plus de traces des colonnes prussiennes dans la direction dans laquelle il avait été envoyé : le maréchal lui ordonna aussitôt de se porter par Limale du côté de la canonnade qui continuait sur notre gauche, de se mettre en communication avec les troupes qui se battaient sur la lisière de la forêt de Soignes, et de se lier avec elles autant que la distance le permettrait.

Le général Pajol a exécuté cet ordre et passé par Limelette. Quand les Prussiens qui étaient à Wavre, aperçurent son mouvement, plusieurs de leurs corps se détachèrent pour s’opposer à sa marche, et empêcher le passage d’autres troupes françaises à Limale. Ces troupes prussiennes se portant vers Limale sont les seules que dans tout le cours de cette journée nous ayons aperçues marchant dans cette direction : à aucune époque de la journée nous n’avons découvert le feu ou la fumée de Waterloo.

Lorsque nous fûmes sur les hauteurs de Wavre et tandis que le maréchal reconnaissait la position de l’ennemi, le général Vandamme, à deux heures après-midi environ, enfourna ses troupes dans la partie de Wavre située sur la rive droite de la Dyle, et commença l’attaque sans connaître les dispositions ni attendre les ordres du maréchal. Cette attaque compromettait les troupes si elles ne forçaient pas le passage, puisqu’elles ne pourraient alors se retirer que sous le feu de toutes les batteries ennemies.

Pendant l’attaque de Wavre et de quatre heures et demie à cinq heures, le maréchal reçut et me montra une dépêche du major-général. Cette dépêche écrite en caractères très fins et presuqe illisible, nous donna beaucoup de peine pour la déchiffrer : elle portait l’ordre précis au maréchal de se porter sur Saint-Lambert, et nous crûmes lire que la bataille était gagnée sur la ligne de Waterloo. Le maréchal questionna beaucoup l’officier porteur de cette dépêche, mais il était tellement ivre qu’on ne pût tirer aucun éclaircissement.

Ne pouvant disposer des troupes du général Vandamme aux prises avec l’ennemi, pour les porter sur Saint-Lambert, eu une partie de celles du général Gérard étant en arrière, le maréchal alla avec ce général à la rencontre de ces dernières jusqu’à la Baraque, pour les empêcher d’arriver jusqu’à Wavre et les conduire lui-même de la Baraque sur Saint-Lambert.

Après les avoir longtemps et inutilement attendues à la Baraque, l ;e maréchal revint à Wavre, laissant l’ordre de diriger à leur passage les troupes attendues directement sur Saint-Lambert, et espérant retrouver la ville emportée et les troupes du général Vandamme disponibles pour marcher dans la même direction.

De retour devant Wâvres, le maréchal, mécontent du mode d’attaque du moulin de Bierges, descendit de cheval pour en diriger lui-même une nouvelle, ce fut dans ce moment que le général Gérard fut blessé. Ce ne fut que dans la nuit, de dix à onze heures, que les troupes du général Gérard arrivèrent à Wavre, n’ayant pu, dit-on, alors gagner Saint-Lambert ni arriver plus tôt faute de guides, et ayant par ce motif consumé toute la journée en marches obliques. La nuit était tellement noire, que le 57e régiment de ligne faisant partie de ce dernier corps échangea quelques décharges avec un régiment français que l’obscurité lui fit prendre pour l’ennemi et qu’il y eut plusieurs hommes de tués.

Immédiatement après la blessure du général Gérard, le maréchal prit lui-même le commandement de toutes ses troupes, les dirigea de Wavre sur Limale, où il resta avec elles jusqu’à onze heures du soir, occupé à leur faire gravir le défilé de l’autre côté et à les mettre en bataille, persuadé qu’il serait attaqué à la pointe du jour, ce qui eut lieu en effet.

Dans la nuit du 17 juin et dans toute la journée du 18, le maréchal n’a reçu que deux dépêches du major-général, ou ordonnances quelconques portant des ordres ou instructions de l’Empereur. La première ce ces dépêches était celle qui arriva le 18 à midi et demi, au moment de l’attaque de l’arrière-garde prussienne ; elle ordonnait le mouvement sur Wavre. La seconde était celle qui arriva pendant l’attaque inconsidérée de Wavre, à quatre heures et demie, et ordonnait le mouvement sur Saint-Lambert. Ma position me met à portée de pouvoir affirmer ce fait de la manière la plus précise.

Le 19 juin au soir, le général Vandamme quitta son corps d’armée et alla coucher à Namur ; il arriva de là le lendemain matin, le maréchal attendit vainement pour se mettre en mouvement que ce général lui rendit compte, suivant l’ordre qu’il en avait reçu, de l’heure à laquelle il se replierait sur Namur. Après avoir longtemps attendu ce rapport, le maréchal quitta Tembloux plus tard qu’il ne voulait le faire ; conduisit lui-même le 4e corps coupé par les Prussiens, auxquels ce retard avait fourni les moyens de s’interposer entre le 3e et le 4e corps. Il fallut les attaquer et forcer le passage, pour rejoindre le 3e corps et entrer dans Namur. Le général Vandamme était dans Namur, tandis que ses troupes étaient aux prises avec l’ennemi, et le maréchal a eu à faire seul toutes les dispositions qui ont tiré le 3e corps, et le 4e corps, de cette position difficile, et assuré le succès de la retraite. Le maréchal envoya chercher le général Vandamme dans Namur et se montra indigné qu’il eût quitté ses troupes.

Bayeux, le 2 juin 1830.

Signé LE SENECAL,
Maréchal de camp.

En repassant ce mémoire, j’ai lu au dernier paragraphe que, le 18 au soir, le général Vandamme quitta son corps d’armée et alla coucher à Namur. C’est ce que je ne puis attester, mais bien que nous ne le vîmes pas dans la retraite du 19 sur cette ville, ni avec son corps, quand nous le ralliâmes le 19.

Signé LE SENECAL.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:45

Déclaration du Lieutenant-colonel DE LA FRESNAYE
Employé en qualité d’officier d’ordonnance près le maréchal Grouchy, en 1815.

Caen, 17 décembre 1829.

Monsieur le Maréchal,

J’ai l’honneur de répondre à la lettre que vous venez d’écrire, et je m’empresse de rapporter les faits qui ont été à ma connaissance pendant les 17 et 18 juin 1815, relativement au corps d’armée que vous commandiez à cette époque.

Je fus le 16 avec mon régiment à la bataille de Fleurus, le lendemain vous m’appelâtes près de vous ; je vous rejoignis vers une heure et vous trouvai sur le champ de bataille de la veille, causant avec Napoléon. J’ignore les ordres que vous reçûtes de lui ; je sais seulement qu’il vous donna le commandement des corps d’infanterie des généraux Gérard et Vandamme et de la cavalerie des généraux Pajol et Exelmans, pour aller à la poursuite des Prussiens. Aussitôt que vous eûtes quitté Napoléon, vous transmîtes ces ordres à ces généraux.

Il fallait se mettre en marche de suite. Voyant que l’infanterie mettait de la lenteur à s’ébranler, vous vous rendîtes avec votre état-major à Gembloux où vous couchâtes le 17; vous en repartîtes le lendemain 18, avant le lever du soleil, vous dirigeant sur Sart-à-Walhain, où la cavalerie avait eu ordre de se diriger dès la veille au soir.

J’ignore ceux que vous donnâtes aux généraux Gérard et Vandamme, mais je sais que le 18, nous rejoignâmes la tête de la colonne du général Vandamme à une lieue de Gembloux. Arrivé à Sart-à-Walhain, un officier décoré vient près de vous et vous dit que des colonnes prussiennes s’étaient portées sur Wâvres, bien qu’il pensait que Blücher réunissait son armée vers Louvain : vous écrivîtes alors à Napoléon, et ce fut moi que vous chargeâtes de porter vos dépêches et de rapporter ses ordres. Je partis sur-le-champ et au moment de mon départ, une canonnade qui n’avait pas l’air d’un engagement général se fit entendre. Je me dirigeai au bruit du canon, et après avoir marché deux grandes lieues et demie au trot et au galop, je trouvai Napoléon sur le champ de bataille de Waterloo ; je lui remis la dépêche que vous m’aviez confiée; il la lut, me demande le point où vous vous trouviez et le dit de rester près de lui. J’y demeurai jusqu’au soir ; aucuns ordres ne m’ont été donnés à vous rapporter, et il n’est pas à ma connaissance que d’autres officiers vous aient été expédiés.

Voilà, mon général, les faits tels que je me les rappelle et tels qu’ils ont réellement existé.

Recevez, mon général, l’expression du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être,

Votre très-humble et très obéissant serviteur,

Le lieutenant-colonel DE LAFRESNAYE.



Déclaration de M. Dulmas de St Léon,

Officier supérieur d’état-major.

Paris, le 1er septembre 1840.

Monsieur le Maréchal,

J’ai sous les yeux les fragments historiques de la campagne de 1815, établis pour prouver les calomnies dont vous avez été l’objet. J’aurais voulu les connaître avant qu’ils fussent imprimés, car témoin oculaire, j’aurais été fier et très honoré d’être l’officier porteur des ordres au général Vandamme : « L’ennemi occupait la forêt de Villers-Côterets, et c’est à cinq heures du matin que je reçus de vous la mission de traverser la forêt où les Prussiens étaient établis, de rejoindre le général Vandamme, qui devait y entrer avec son corps d’armée et je devais le quitter que quand il serait sur la route de Laferté. Vous attachiez une si grande importance à cet ordre, monsieur le maréchal, qu’en présence de tout l’état-major réuni, vous me promîtes le grade de chef d’escadron, si je réussissais ; » M. le général d’Hincourt qui commande à Verdun, était à côté de vous et m’a rappelé cette circonstance l’année dernière. J’ai réussi, monsieur le maréchal, en arrivant moi quatrième de l’escorte du 12e chasseurs à cheval que vous m’aviez donnée, et vous m’avez tenu parole, car c’est sur votre rapport que la commission du gouvernement me nomma en 1815 chef d’escadron.

Je suis tout à vos ordres, monsieur le maréchal, si jamais vous avez besoin de ce témoignage.

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, M. le maréchal,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

DULNAS-DE –St-LEON,
Officier supérieur au corps royal d’état-major.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:46

REPONSE DU MARECHAL GROUCHY
A la lettre de M. Dulnas de St-Léon

Au château de la Ferrière du Val, par Aunau-sur-Odon, département du Calvados, le 9 septembre 1815 (sans doute cette date est due à une erreur d’impression).

C’est avec une réelle satisfaction que j’ai reçu, Monsieur, votre lettre, et vous me rendez un service que j’apprécie, en entrant dans quelques détails sur la mission dont je vous chargeai près du général Vandamme le 28 juin 1815. Vous me mettez par là à même de repousser d’une manière plus complète que je n’avais pu le faire, les incriminations dirigées contre moi par le général Berthezène, à l’occasion de l’abandon dans lequel j’aurais laissé une partie de l’armée sous mes ordres, lorsqu’elle se trouvait dans une position difficile.

Il appartenait à un officier d’honneur tel que vous, Monsieur, de s’indigner des outrages prodigués à son ancien chef et de le venger d’odieuses calomnies, en rendant un courageux et éclatant témoignage à la vérité. Ce loyal procédé vous assure à jamais mes vives sympathies et une gratitude dont je serais heureux de pouvoir vous donner des preuves.

Agréez l’assurance de mes sentiments les plus distingués,

Signé le maréchal marquis DE GROUCHY.

P.S. – Ainsi que je m’y crois autorisé par votre lettre, je vais la joindre aux pièces justificatives que je fais imprimer.



DECLARATION du Lieutenant-colonel d’artillerie Thouvenin

Monsieur le maréchal Marquis de Grouchy ayant su que je m’étais trouvé rapproché de sa personne dans la journée du 18 juin 1815, m’a fait demander une déclaration de ce qui s’est passé à ma connaissance.

Après avoir bien rassemblé mes souvenirs, voici ce que je peux rapporter, en m’interdisant de rien dire dont je ne sois parfaitement sûr.

J’étais comme capitaine au deuxième régiment d’artillerie, attaché à l’état-major de l’artillerie du 4e corps, que commandait M. le général Baltus.

Le 18, nous arrivâmes, vers 11 heures du matin, à Sart-à-Walhain, ayant laissé derrière nous, entre Sart-à-Walain, ayant laissé derrière nous, entre Sart-à-Walain et Gembloux les troupes en marche du 4e corps. On mit pied à terre près d’une grande maison isolée, et vers 11 heures et demie je me trouvais avec plusieurs e mes camarades dans le jardin de cette maison, quand on commença à entendre sur la gauche une canonnade assez vive. A en juger par le bruit en mettant l’oreille à terre, la distance nous semblait être d’environ quatre à cinq lieues.

Quand nous voulûmes entrer dans les appartements, un aide-de-camp nous dit que cela ne se pouvait, parce que le maréchal était réuni en conseil avec plusieurs généraux. Quelques minutes après, on monta à cheval précipitamment et nous suivîmes le maréchal, au galop, dans la direction de Wâvres. Nous ne pouvions que faire des conjectures sur le but de ce mouvement rapide, et l’opinion était qu’on allait joindre l’armée de l’Empereur. Bientôt le canon se fit entendre de plus en plus, soit qu’il se rapprochât, soit par l’effet d’un plus grand nombre de pièces mises en action ; on vit bien alors que c’était un engagement sérieux, une véritable bataille, et l’émotion nous faisait exprimer le regret qu’on ne marchait pas directement sur le canon. M. le général Baltus nous dit, avec une sorte d’humeur, que dans l’état où se trouvait le terrain détrempé par la forte pluie de la veille, il était impossible d’aller à travers champs, et que notre artillerie ne s’en retirerait pas, voulant dire, je suppose, qu’il faudrait beaucoup de temps.

Nous ne suivîmes pas constamment M. le maréchal jusqu’à Wâvres, et lorsque nous arrivâmes, vers cinq heures, les troupes du 3e corps étaient, déjà depuis quelque temps et sans succès, engagées dans l’attaque du pont de Wâvres. Ces troupes occupaient la portion de la ville qui est sur la rive droite de la Dyle : on nous dit que le pont était coupé. L’artillerie prussienne occupait sur la rive gauche des positions qui dominaient un peu les nôtres, mais à une assez forte distance ( 12 à 1600 mètres ).

Vers dix heures, je fus envoyé pour reconnaître la rivière au-dessus du moulin occupé par l’ennemi. Autant que je m’en souviens, sa largeur était d’environ 9 mètres, ses rives parallèles peu élevées lui donnaient l’apparence d’un canal bourbeux. J’y poussai mon cheval, j’eus de l’eau jusqu’à la ceinture. ( Le capitaine Pellisier et ses voltigeurs m’aidèrent à en retirer mon cheval ). Je fis mon rapport au général Baltus et je ne rvis plus M. le maréchal qui s’était porté, disait-on, à gauche, du côté de Waterloo.

C’est à ce jeu de faits insignifiants que se borne ce que j’ai su ou vu dans cette fatale journée.

Lafère, le 21 Mai 1840.

Le lieutenant-colonel d’artillerie, L. Thouvenin.


DECLARATION DU BARON VOLAND,

Intendant-militaire en retraite,

Adressée au Maréchal Grouchy par M. Laville, son neveu,
Membre du Conseil-Général du Haut-Rhin, qui avait longtemps servi près du maréchal Grouchy.

Monsieur le Maréchal,

Permettez-moi au renouvellement de cette année, de venir vous offrir les vœux bien sincères et bien vifs que je ne cesse de former pour votre longue conservation dans une parfaire santé, et l’accomplissement de tous vos désirs, et que tout le bonheur que je vous souhaite s’étende à toute votre famille.

Je vins de nouveau vous remercier de l’admission de ma fille à Saint-Denis. Sans vous, M. le maréchal, elle n’y fût jamais entrée. Je n’oublierai de ma vie tout ce que vous avez fait pour moi, j’en conserverai une éternelle et bien vive reconnaissance, et ne cesserai de retracer à ma fille vos bienfaits.

J’ai reçu avec infiniment de plaisir l’éclatante réparation que vient de vous fiare le général Berthezène ; elle est pleine et entière ; j’en ai versé des larmes de plaisir, et je l’ai fait voir à toutes mes connaissances, et mon oncle M. le baron Voland, intendant militaire, qui se trouve chez moi, l’a vue avec beaucoup d’intérêt. A cette occasion, il m’a rapporté une conversation qu’il avait eue avant 1830, avec le maréchal Gérard, avec lequel il était très-lié avant cette époque, car depuis le maréchal a un peu oublié ses anciens amis. A l’occasion de Waterloo et de vous, mon oncle lui demandait, qu’auriez-vous fait, Gérard, si vous aviez été chargé du commandement supérieur ? Auriez-vous, sans ordres contraires, changé la mission qui vous était confiée par ordres précis ? Il a répondu qu’il ne l’aurait pas osé. Hé bien donc, lui a répliqué mon oncle, pourquoi vouloir inculper M. le maréchal Grouchy ? La faute en est à Soult, qui n’a pas su employer les moyens nécessaires pour faire prévenir à temps le lieutenant de l’Empereur. Enfin, M. le maréchal, il faut espérer que dans l’année qui va commencer, aux calomnies succédera l’éclat de la vérité et les justes réparations à tant d’infamies et d’atrocités. Vous en avez en moi dans notre pays, M. le maréchal, un chaud et ardent défenseur.

Si je n’étais pas si éloigné de vous, en bonne saison j’aurais été vous servir d’aide-de-camp, pour forcer un cerf, comme vous avez eu la bonté de me le dire dans une précédente lettre, et j’aurais eu plaisir à voir votre belle meute, car je suis amateur.

Veuillez recevoir, M. le maréchal, l’expression de l’éternel attachement avec lequel je suis,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

DE LAVILLE.
Mayenhecin (Haut-Rhin), le 31 décembre 1840.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 22:47

LETTRE DE M. A. de NEUFRELLE-BAVENT,
A M. LE MARECHAL DE GROUCHY,

En réponse à celle par laquelle il lui demandait quelques éclaircissements sur une conversation de M. LETOURNEUR de Caen, relative à la campagne de 1815.

Monsieur le Maréchal,

J’ai vu M. Letourneur qui eut l’honneur de vous écrire dernièrement, je l’ai engagé à faire de nouvelles recherches, ce qu’il a fait avec empressement.

M. Letourneur m’a prié de vous faire savoir qu’il n’a trouvé aucune date pour le fait qui vous intéresse. Il est possible, m’a-t-il dit, qu’il l’ait connu, mais aujourd’hui ses souvenirs sont tout à fait vagues à ce sujet.

M. Letourneur vous remercie, M. le maréchal, d’avoir bien voulu lui faire l’honneur de lui adresser le fragment historique relatif à la campagne de 1815.

Je vous prie de bien vouloir bien accepter tous les regrets que j’éprouve de ne pouvoir vous être utile en cette circonstance, et recevoir l’assurance du plus profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, etc., etc.

Signé A. DE NEUFRELLE-BAVENT.




DECLARATION DE M. LETOURNEUR,
Habitant de Caen.

Lettre de M. Letourneur, habitant de Caen
Contenant

La déclaration que des ordres de l’Empereur, adressés au Maréchal de Grouchy, et tracés au crayon, ont été remis au Maréchal Blücher par l’officier qui en était porteur, soit qu’il ait été fait prisonnier en les portant, soit qu’il ait déserté à l’ennemi.

Monsieur le Maréchal,

En lisant dans les journaux la réclamation que vous avez publiée contre une assertion de M. le général Berthezène, j’ai cru devoir, dans l’intérêt et l’honneur de Notre Normandie, dans le vôtre aussi, M. le Maréchal, vous faire connaître une circonstance qui ne sera peut-être pas sans avoir quelque portée dans la discussion soulevée par le général Berthezène.

Il s’agit du grand fait historique de Waterloo, qui a tant divisé l’opinion depuis 1815, et auquel votre non se rattache avec une célébrité que les partis n’ont pas toujours suffisamment respectés.

Voici donc ce qui est arrivé à ma connaissance, par le plus pur hasard.

En 1815, pendant le séjour des troupes prussiennes, à Caen, sous les ordres du maréchal Blücher, l’administration municipale envoya chez moi par billet de logement, un neveu du vieux général, du nom de Lanken ; il était sous-officier de cavalerie dans les hussards, je crois, et pouvait être âgé de 20 à 22 ans.

Un fils du maréchal, attaché à l’état-major de son père, venait fort souvent visiter son parent, en compagnie d’un autre officier nommé Vousseaux, jeune homme également fort bien élevé, paraissant, comme les deux autres, avoir reçu une éducation distinguée…..Ces messieurs parlaient parfaitement le français, les deux derniers, surtout, infiniment mieux que le jeune Lanken.

Un jour, je les avais invités à prendre le punch, et nous nous entretenions des événements qui avaient amené en France l’armée prussienne, et particulièrement des désastres de la journée de Waterloo : le fils du vieux maréchal me dit ces propres paroles que je transcrivis le soir même sur un album :

« La perte de la bataille de Waterloo est généralement attribuée à ce que M. le maréchal Grouchy n’aurait pas exécuté les ordres de l’Empereur…..C’est une Grande erreur ! et voilà ce qui s’est passé sous mes yeux, au quartier-général du maréchal Blücher : Un officier d’état-major du quartier-général impérial a été amené au maréchal Blücher…..Avait-il été pris, avait-il trahi ? c’est ce que j’ignore ; mais toujours est-il qu’il était porteur d’un ordre, écrit au crayon, adressé au maréchal Grouchy, portant que le maréchal devait marcher sur le point où se trouvait l’Empereur et laisser six mille hommes en face de l’armée prussienne, pour masquer son mouvement et la tenir en échec pendant qu’il l’opérerait. Que le maréchal Blücher, muni de ce document, avait fait exactement la même manœuvre…..Voilà pourquoi l’Empereur ne cessait de répéter, en apercevant au loin un corps d’armée venant du côté où il attendait M. le maréchal Grouchy : c’est Grouchy ! c’est Grouchy ! ».

Il est permis de penser que l’on rencontrerait à Berlin quelques membres de la famille du vieux maréchal Blücher, qui indiqueraient facilement où l’on retrouverait aujourd’hui MM. Blücher, de Voseaux et Lanken.

Si cette lettre, M. le maréchal, peut avoir le moindre intérêt pour vous, veuillez en faire tel usage qu’il vous plaira.

En vous l’adressant, je n’ai en vue que de rendre hommage à la vérité, et mon seul but est d’empêcher qu’une opinion toute personnelle, ou une erreur longtemps reproduite, ne se perpétue, surtout après la lutte qui va s’engager devant la France attentive.

Veuillez bien agréer, etc., etc.

Signé Ch.Letourneur.



DECLARATION DE M. LE GOUEST, officier de hussards,
Et officier d’ordonnance de M. le maréchal Grouchy, en 1815.

Paris, le 20 Mars 1841.

Monsieur le Maréchal,

Je m’empresse de répondre à l’appel que vous faites à mes souvenirs, et de vous adresser les renseignements et les déclarations qui me mettent à même de fournir les fonctions d’officier d’ordonnance que j’ai remplies près de vous en 1815.

Il est à ma connaissance que les troupes du 4e corps d’infanterie, commandées par le général Gérard, n’étaient pas rendues en totalité à Gembloux le 17 juin, à onze heures du soir, et qu’extrêmement mécontent de leur inexplicable lenteur à arriver, vous envoyâtes plusieurs de vos officiers pour vous informer des causes de leur retard, qui vous paraissait incompréhensible, puisque, vers les deux heures après-midi, vous même aviez, à Ligny, donné l’ordre à son chef de se rendre à Gembloux, qui ‘en est qu’à deux lieues.

J’atteste que le 18 juin, à la petite pointe du jour, vous envoyâtes un de vos aides de camp, M.Pontbellanger, avec une partie de votre escorte (attendu qu’il n’y avait pas d’autre cavalerie à Gembloux), au pont de Moutier et sur la rive gauche de la Dyle, pour y recueillir les renseignements qu’il lui serait possible de se procurer relativement aux directions qu’avaient suivies les Prussiens pendant la nuit du 17 au 18 juin, pour savoir si quelques-unes de leurs colonnes y avaient passé, et enfin vers quels points elles se seraient portées. Pontbellanger vous rejoignit sur le chemin de Gembloux à Sart-à-Walhain, vous rendit compte de sa mission, et il nous a souvent parlé depuis l’importance que vous mettiez à ce qu’elle fût promptement et soigneusement remplie.

Il ne m’est pas possible de préciser l’heure à laquelle vous quittâtes Gembloux le 18 juin ; mais je sais bien que c’était de fort bonne heure, et que ce ne fut qu’à une lieue ou une lieue et demie de cette ville que vous atteignîtes la tête du 3e corps, commandé par le général Vandamme, auquel vous aviez donné la veille l’ordre de se mettre en mouvement de grand matin le 18, ce qu’il avait fait.

Je me rappelle en outre que, pendant que votre escorte se rassemblait près de votre logement à Gembloux, j’ai entendu plusieurs hussards dire : « Le maréchal Grouchy est parti en avant avec son état-major, pour nous préparer de la besogne ; çà chauffera aujourd’hui ».

J’étais avec votre escorte, sur les hauteurs de Wâvres, quand vous mîtes pied à terre, pour diriger vous-même l’attaque du moulin de Bielge ; mais le général Gérard, qui était aussi descendu de cheval pour vous suivre, fut blessé près de vous et reporté sur la hauteur, je n’étais pas assez près pour entendre ce qu’il put vous dire ; je sais seulement qu’il fut rapporté dans le régiment et par vos officiers, que c’était pour vous engager à moins vous exposer et à vous ménager pour la patrie.

Lorsque vous quittâtes Wâvres, pour vous porter avec une des divisions du 4e corps sur Limale, pour y passer le Dyle, je vous accompagnai et fus témoin des efforts qu’on eut à faire pour emporter les hauteurs qui dominent le village de Limale, hauteurs qu’occupaient en force les Prussiens.

Vous mîtes pied à terre, vous et vos officiers, pour encourager le soldat, et nous aidâmes même à faire arriver jusqu’au sommet quelques pièces de canon, ce que rendait fort difficile la rapidité de la montée et le feu plongeant des Prussiens. Les hauteurs furent enfin emportées et couronnées par vos troupes ; mais l’ennemi reprit position à une demi-portée de canon, et vous jugeâtes la situation du 4e corps si critique, que vous vous déterminâtes à ne pas vous en éloigner pendant la nuit, et à bivouaquer dans l’un de ses carrés. Cependant vous le quittâtes quelques instants pour aller dicter dans une des maisons de Limale un ordre pour le général Vandamme et envoyer une reconnaissance dans la direction de Saint-Lambert, où vous aviez prescrit au général Pajol, le matin, vers midi, de se porter avec sa cavalerie légère et une division d’infanterie, mais dont vous n’aviez reçu aucunes nouvelles, si ne n’est les propos de quelques paysans de Limale, qui disaient que des troupes françaises, infanterie et cavalerie, avaient chassé, il y avait quelques heures, les Prussiens de Limale, passé la Dyle et marché sur Saint-Lambert ; mais ils ajoutaient que d’autres Prussiens étaient venus occuper le village (1).

Le 19 juin, à peine le jour commençait-il à paraître, que les Prussiens attaquèrent ; mais ils furent repoussés et chassés de positions en positions, et poursuivis dans la direction de Bruxelles pendant plus de deux lieues.

Vers les dix heures, un officier, qu’on dit avoir été envoyé par le major-général, vous instruisit de la perte de la bataille de Waterloo. Vous fîtes alors appeler les généraux qui se trouvaient à portée ; vous les instruisîtes de ce fatal événement et leur communiquâtes les lettres et ordres de l’Empereur qui, au moment où il faisait attaquer l’armée anglaise, à dix heures et demie du matin, vous prescrivit de la manière la plus explicite de marcher sur Wâvres. Vous donnâtes ensuite à ces officiers-généraux les ordres nécessaires pour effectuer la retraite, et dirigeâtes le 3e corps vers Namur, et vous vous portâtes avec le 4e corps à Temploux, d’où vous vous proposiez de partir qu’après avoir eu des nouvelles, le 20 au matin, du général Vandamme, auquel vous aviez enjoint de prendre position à une lieue ou une lieue et demie de Namur. Le 20 au matin, vous étonnant de ne pas entendre parler de ce général, vous envoyâtes vers Namur un de vos officiers, pour savoir ce qui se passait de ce côté-là. L’officier ne tarda pas à revenir et vous prévint que les Prussiens occupaient la route de Temploux à Namur et que le canon se faisait entendre du côté de cette ville. Vous vous mîtes alors à la tête de toute la cavalerie du général Valin, rouvrîtes la route de Namur et vous portâtes au galop du côté de la canonnade.

Envoyé par vous, M. le maréchal, au général Exelmans, pour lui porter l’ordre du jour et la proclamation pour faire connaître à l’armée l’abdication de l’Empereur et lui annoncer que les Chambres avaient reconnu Napoléon II comme son successeur, j’arrivai auprès du général à une heure avancée de la nuit et remplis ma mission ; lorsqu’il apprit ces nouvelles, je remarquai un mouvement d’humeur et d’emportement.

La veille, j’avais déjà rempli une mission près de ce général, en lui remettant un pli de votre part ; le général me dit en le quittant : « Dites au maréchal que les dragons de ma division ne veulent plus me suivre, ils prétendent qu’on les trahit ».

J’ajouterai à ces faits avoir entendu, pendant la retraite et par des militaires de diverses armes, dire : « Le bruit se répand par des officiers supérieurs et des généraux qu’il n’y avait pas d’autre parti à prendre que de placer sur le trône la dynastie d’Orléans (2)».

Recevez, je vous prie, M. le maréchal, avec votre bienveillance ordinaire, l’assurance de mon profond respect et de mon entier dévouement.

LE GOUEST,
Ancien lieutenant de hussards.

(1).On a su depuis que, quand les Prussiens apprirent que la passage de la Dyle avait été forcé par les troupes françaises et que vous marchiez sur ce point avec d’autre forces, ils firent filer
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