La Belgique et le 1er Empire


 
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 EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY

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rodolphe
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MessageSujet: EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:25

PIECES JUSTIFICATIVES DES ORDRES PROVENANT DU REGISTRE D’ORDRES de Soult transmises par Grouchy dans ses « Campagne de 1815 -Pièces Justificatives. »



A MM. Les lieutenants-généraux
Cte D’Erlon, Cte Reille, Cte Vandamme, Cte de Lobau, Cte Gérard, Duc de Trévise, Cte Grouchy, Cte Ruty, Cte Rogniat et par extrait à MM. Le baron d’Aure, et lieutenant-général Radet
AVESNES , le 13 juin 1815
POSITION DE L’ARMEE LE 14
Le grand Quartier-Général, à Beaumont

( ici est donné l’ordre général de la position de l’Armée du Nord)


puis sera donné celui du mouvement de l’Armée du Nord ( bien connu)


Viennent à la suite les ordres donnés aux différents lieutenants-généraux qui seront placés sous les ordres de Grouchy :


Soult au général Vandamme
Beaumont le 14 juin
J’ai reçu, M. le lieutenant-général, votre lettre de ce jour où vous tracez un itinéraire sur Charleroi. Vous verrez, par ordre du mouvement que l’Empereur a donné et que je vous envoie, que les 2e et 1er corps doivent déboucher par Marchiennes-au-Pont. Il ne faut donc pas que votre colonne aille aboutir à Marchienne car il y aurait confusion, mais vous pourrez passer l’Eure à Ham, à Jamignon ou à Bomerée où existent des ponts suivant la bonté de la route, et vous en préviendrez les généraux Pajol et Domon qui doivent vous précéder.

Je vous préviens qu’il vient de m’être rendu compte qu’il existe à Jamignon un corps prussien de 6000 hommes avec du canon qu’il faut faire en sorte d’enlever. J’en préviens aussi M. le maréchal Grouchy qui doit passer avec les 2e, 3e et 4e corps de cavalerie par Fleurieux et Yves, où il prendra la route de Philippeville à Charleroi afin qu’il règle ses mouvements en conséquence. Aussitôt que vous aurez des renseignements sur les ennemis, envoyez à l’Empereur des officiers pour rendre compte à S.M. de ce que vous aurez appris.



Soult au maréchal Grouchy
Beaumont, le 14 juin 1815
Je vous envoie, monsieur le maréchal, l’ordre de mouvement pour demain que l’Empereur vient de donner. Conformez-vous à ce qui vous est prescrit dans cet ordre.

Plusieurs routes mènent à Charleroi en partant de Beaumont. Celle de droite mène à Bossus, Fleurieux, Vaugenée et Yves où elle joint la grande route de Philippeville à Charleroi ; c’est cette route que vous devez prendre afin de ne pas tomber dans les autres colonnes ; mais auparavant faites la bien reconnaître et réglez votre mouvement de manière à être toujours à hauteur de la colonne de gauche, à la tête de laquelle le général Pajol doit marcher.

Je préviens de la direction que vous prenez M. le lieutenant-général Gérard, dont le corps est formé en avant de Philippeville et qui doit aussi se porter sur Charleroi par la même direction.

Je dois vous prévenir qu’il vient de m’être rendu compte qu’un corps de 6000 prussiens, infanterie, est établi à Jamignon. Si cela est vrai, l’Empereur veut que le corps soit enlevé, ainsi vous manœuvrerez en conséquence ; j’écris dans le même sens aux lieutenants-généraux Vandamme et Gérard. Envoyez-moi un officier au moment où vous vous mettrez en marche, et ensuite toutes les heures pendant le mouvement.

GROUCHY à SOULT
Bossus, 14 juin 1815.

SIRE,
J’ai l’honneur de transmette à Votre Majesté la lettre par laquelle le général Pajol me fournit divers renseignements sur l’ennemi et sur les mouvements qu’il présume qu’il aurait pu faire vers Mons.

Je joins, en outre, à ces lignes le rapport d’un lieutenant des douanes que j’ai envoyé de l’autre côté de la frontière…Je le charge de cette dépêche, pensant qu’il s’acquittera bien des missives dont Votre Majesté voudrait le charger.

Je suis, etc ; etc.

Le maréchal GROUCHY.





Soult au général Gérard
Beaumont, le 14 juin 1815
On l’a prévenu de la direction du maréchal Grouchy ; il lui a écrit dans le même sens au sujet du corps prussien de Jamignon, pour qu’il se règle en conséquence et qu’il s’éclaire toujours bien sur sa droite.


Soult au Comte Reille
Au bivouac de Jamignon, le 15 juin, à dix heures du matin
M. le comte, l’Empereur m’ordonne de vous écrire de passer la Sambre, …(etc.)
……………………………………………………………………………………….
( c’est la lettre bien connue)



Soult au Comte d’Erlon
Au bivouac de Jamignon, le 15 juin, à dix heures du matin
M. le comte, l’Empereur m’ordonne de vous écrire de passer la Sambre,……….(etc.)
……………………………………………………………………………………….
( c’est la lettre bien connue)







Soult au Comte d’Erlon
En avant de Charleroi, à trois heures du soir, 15 juin 1815
M. le comte d’Erlon, l’Empereur a ordonné à M. le comte Reille de marcher sur Gosselies et d’y attaquer un corps ennemi qui paraissait s’y arrêter. L’intention………….. (etc.)……….
( c’est la lettre bien connue)




Soult au Comte Gérard
En avant de Charleroi, à trois heures et demie du soir, 15 juin 1815
M. le comte Gérard, l’Empereur me charge de vous donner l’ordre de vous diriger avec votre corps d’armée sur Châtelet où vous passerez la Sambre et vous vous porterez en avant en suivant la route de Fleurus, direction que l’Empereur fait prendre en ce moment à une partie de l’armée, dans l’objet d’attaquer un corps ennemi qui s’y est arrêté en tête du bois de Jambufart [lire Lambusart]. Si ce corps tenait encore après que vous aurez passé la Sambre, vous l’attaqueriez également. Rendez-moi compte de vos dispositions, et informez-moi si la 14e division de cavalerie est à votre suite ; dans ce cas vous la feriez aussi avancer.


Soult au général Delort
Charleroi, 15 juin 1815
Ordre au général Delort de prendre position en arrière de la ville.


tous les généraux en chef de l’Armée du Nord
Charleroi, 16 juin 1815
Ordre de ne point rendre d’honneurs à l’Empereur quand il se trouve aux avants-postes.

.
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rodolphe
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MessageSujet: EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:28

au maréchal Ney
Charleroi, le 16 juin
Prévenu que l’Empereur vient de donner l’ordre au comte Valmy de réunir son corps d’armée et de la diriger sur Gosselies où il sera à la disposition du maréchal Ney ; que l’intention de l’Empereur est que la cavalerie de sa garde qui a été portée sur la route de Bruxelles reste en arrière et rejoigne le restant de la garde impériale ; mais pour qu’elle ne fasse pas de mouvement rétrograde, il pourra, après l’avoir remplacée sur la ligne, la laisser un peu en arrière où il lui sera envoyé des ordres dans le mouvement de la journée ; que le général Lefèvre des Nouettes enverra à cet effet un officier pour prendre des ordres. On lui demande si le premier corps a opéré son mouvement, et quel est ce matin la position exacte des 1er et 2e corps, et des divisions de cavalerie qui y sont attachées, en faisant connaître ce qu’il y a devant vous et ce qu’on a appris


AU COMTE DE VALMY
Charleroi ,le 16 juin 1815
Ordre au comte de Valmy de réunir et diriger le 3e corps de cavalerie sur Gosselies où il sera à la disposition du maréchal Ney.


M.LE COMTE DE LOBAU ( porté par Poirau )
Charleroi ,le 16 Juin 1815
M. le comte, l’Empereur ordonne que vous mettiez en marche le 6e corps pour lui faire prendre position à mi-chemin de Charleroi à Fleurus, et que vous fassiez en même temps garder Charleroi où vous nommerez provisoirement un commandant. J’ai ordonné que tous les prisonniers ainsi que tous les blessés ennemis et français fussent dirigés sur Avesnes. Je vous prie de veiller à l’exécution de cet ordre ;

A M. le comte DROUOT
Charleroi ,le 16 Juin 1815
M. le comte, l’Empereur ordonne que la garde impériale, infanterie, cavalerie, artillerie se mette immédiatement en marche pour Fleurus ; veuillez lui donner des ordres en conséquence ; la division du général Lefèvre des Nouettes étant détachée en recevra directement.

AU COMTE GERARD ( porté par M. Grova)
Charleroi ,le 16 Juin 1815
M. le comte, l’Empereur ordonne que vous mettiez en marche le 4e corps d’armée et que vous le dirigiez sur Sombreffe, en laissant Fleurus à gauche, afin d’éviter l’encombrement.

Je vous préviens que l’intention de Sa Majesté est que vous preniez les ordres de M. le maréchal Grouchy comme commandant d’aile, ainsi vous l’instruirez de votre mouvement. Vous enverrez sur-le-champ près de lui un officier pour lui demander des ordres, sans cependant retarder votre marche. M. le maréchal Grouchy doit se trouver en ce moment du côté de Fleurus. Vous ne recevrez des ordres directs de l’Empereur que lorsque S.M. sera présente ; mais vous continuerez à m’adresser vos rapports et états ainsi qu’il est établi.

M. le comte Vandamme ( porté par M. Guyardin)
Charleroi ,le 16 Juin 1815
M. le général, l’Empereur ordonne que vous vous mettiez en marche avec le 3e corps pour vous diriger sur Sombreffe où le 4e corps et les corps de réserve de cavalerie vont se rendre également. S.M.ordonne aussi que vous preniez les ordres de M. le maréchal Grouchy comme commandant d’une aile de l’armée.. Ainsi vous l’instruirez de votre mouvement et vous lui enverrez sur-le-champ un officier pour lui demander ses ordres, sans cependant retarder votre marche. M. le comte Grouchy doit être en ce moment du côté de Fleurus, vous ne recevrez des ordres directs de l’Empereur que lorsque S.M. sera présente; mais vous continuerez à m’adresser vos rapports et états ainsi qu’il est établi.


M. le Maréchal Comte de Grouchy ( porté par M. Liom)
Charleroi, le 16 Juin 1815
[ ICI C’EST L’ORDRE de SOULT que Napoléon voudra compléter, par une autre lettre personnelle en lui précisant ses intentions réelles et le but de son plan de campagne : séparer ses adversaires pour espérer les battre successivement et la prise de Bruxelles]



M. le Prince de la Moskowa (porté par M. Leroux)
Charleroi, le 16 Juin 1815
[ ICI C’EST L’ORDRE de SOULT que Napoléon voudra compléter également par une autre lettre portée par Flahaut.]


Prince de la Moskowa ( porté par M. Weleski)
Charleroi, le 16 Juin 1815
M. le maréchal, un officier de lanciers vient de dire à l’Empereur que l’ennemi présentait des masses du côté des Quatre-Bras ; réunissez les corps des comte Reille et d’Erlon et celui du comte de Valmy qui se met en ce moment en route pour vous rejoindre ; avec ces forces vous devez battre et détruire tous les corps ennemis qui peuvent se présenter ; Blücher était hier à Namur et il n’est pas vraisemblable qu’il ait porté des troupes vers les Quatre-Bras, ainsi vous n’avez affaire qu’à ce qui vient de Bruxelles.

M. le maréchal Grouchy va faire le mouvement sur Sombreffe que je vous ai annoncé, et l’Empereur va se rendre à Fleurus ; c’est là que vous adresserez vos rapports à S.M.


CHARLEROI, le 16 juin 1815
Le parc de réserve doit entrer en arrière de Charleroi sous la protection de M. le comte de Lobau.


M. le comte Lobau
En avant de Fleurus, le 16, à trois heures et demie
Ordre au comte Lobau de se rendre à Fleurus, il laissera un bataillon à Charleroi pour conserver la place et protéger le parc.

A M. le Maréchal Prince de la Moskowa
En avant de Fleurus, le 16, à deux heures
[ ICI C’EST L’ORDRE de SOULT.]
M. le maréchal, l’Empereur me charge de vous prévenir que l’ennemi a réuni un corps de troupes entre Sombreffe et Bry…………( etc.) ………L’intention de Sa Majesté est que vous attaquiez aussi ce qui est devant vous, et qu’après l ‘avoir vigoureusement………(etc.)
[mais qui se termine par ce qui suit ]
Instruisez de suite l’Empereur de vos dispositions et de ce qui se passe sur votre front.




Au Prince de la Moskowa
En avant de Fleurus, le 16, à trois heures et quart et trois heures et demie
[ ICI C’EST L’ORDRE de SOULT.]
M. le maréchal, Je vous ai écrit il y aune heure que l’Empereur ferait attaquer l’ennemi (etc.)
………où il cherche à se réunir avec les Anglais .



Au Prince Joseph (porté par le courrier Bécotte)
En avant de Fleurus, ou en arrière de Ligny, à 8 heures et demie du soir, le 16
L’Empereur vient de remporter une victoire complète sur les armées prussienne et anglaise sous les ordres de lord Wellington et du maréchal Blücher. L’armée débouche en ce moment par le village de Ligny en avant de Fleurus pour suivre l’ennemi. Je m’empresse d’annoncer cette heureuse nouvelle à V.A.I.

Au Prince de la Moskowa
[ Ici, lettre de Soult du 17 juin annonçant à Ney la victoire de Ligny du 16 juin.]
M. le maréchal, le général Flahaut qui arrive à l’instant……. (etc.)


Ministre de la Guerre
J’ai annoncé hier du champ de bataille de Ligny à S.A.I le prince Joseph, la victoire signalée que l’Empereur venait de remporter ; je suis rentré avec S.M. à 11 heures du soir, et il a fallu passer la nuit à soigner les blessés, car les ambulances sont si mal organisées et manquent tellement du personnel et d’autres objets indispensables qu’on ne peut compter sur elles.

L’Empereur remonte à cheval pour suivre les succès de la bataille de Ligny [donc cette lettre doit être rédigée au moment où Napoléon quitte Fleurus pour passer les troupes en revue sur le champ de bataille] ; on s’est battu avec acharnement et le plus grand enthousiasme de la part des troupes ; nous étions un contre trois [peut-être si l’on considère que Lobau et d’Erlon, en autres troupes non ou très peu engagées, n’ont pas combattu.] . A huit heures du soir l’Empereur a marché avec sa garde, six bataillons de vieille garde, les dragons et les grenadiers à cheval, et les cuirassiers du général Delort ont débouché par Ligny, et ont exécuté une charge qui a partagé la ligne ennemie. Lord Wellington et Blücher ont eu peine à se sauver, cela é été comme un coup de théâtre, dans un instant le feu a cessé et l’ennemi s’est mis en déroute dans toutes les directions. [Ceci a le mérite d’être clair ; Napoléon aurait donc du envisager que des troupes prussiennes cherchent leur salut vers le Nord et l’Est.]. Nous avons déjà plusieurs mille prisonniers et 40 pièces de canon. Le 6e, le 1er corps n’ont pas donné, le comte d’Erlon a eu de fausses directions [notamment la division Durutte qui a d’abord marché vers Marbais – conformément à l’ordre initial de Ney conforme aux premières instructions de Napoléon – tandis que les autres divisions devaient se porter sur FRASNES. Cette division sera rappelée par Ney sur les Quatre-Bras et rebroussera ainsi chemin pour se porter sur les Quatre-Bras afin de se réunir à Reille – conformément à de nouvelles instructions de Napoléon lesquelles sont le résultat du message du lancier envoyé par Reille à Napoléon – afin de battre et détruite « tout ce qui vient de Bruxelles avec « toutes » les forces de l’aile gauche bien réunies et le mouvement sur Marbais semble abandonné mais voilà que Labédoyère rencontre cette division et la détourne de nouveau vers Saint-Amand que suivra tout le 1er corps d’armée lequel s’approchant du champ de bataille de Napoléon provoque « la panique » dans le corps de Vandamme et dans la division Girard ( ceci dit elles sont épuisées et Blücher a exercé à ce moment précis un nouvel assaut très massif ) parce cette colonne aurait été « mal reconnue », parce qu’elle « paraissait beaucoup plus forte » ( en effet, si on était resté au mouvement initial de Durutte vers Marbais par Frasnes et Villers Perwin ) et surtout parce qu’elle était très forte et semblait vouloir menacer les arrières ou le flanc de l’armée ce qui aurait tant soit peu donner quelque inquiétude à Napoléon parce que, lui , avait sollicité instamment un appui de l’aile gauche mais l’attendait par la chaussée de Namur en venant des Quatre-Bras ; la fausse marche du corps d’Erlon pouvait être redressée mais d’Erlon fera finalement rebrousser chemin au gros de ses troupes en ne laissant Durutte et la moitié de la cavalerie de Jacquinot à portée de soutenir Napoléon ; encore un aller-retour inutile entre les deux champs de bataille]; car s’il eût exécuté l’ordre de mouvement que l’Empereur avait prescrit, l’armée prussienne était entièrement perdue.[Soult, ou plutôt Napoléon, oublie l’inutilité du 6e corps d’armée sur le terrain de Sombreffe et qui, en remplacement de d’Erlon appelé sur un autre champ de bataille, aurait pu être utile à Ney sur les Quatre-Bras. Soult ne parle pas que d’Erlon aurait pu être détourné et n’incrimine nullement Ney dans cette lettre sauf de n’avoir pas réuni « toutes » les forces de l’aile gauche avant de songer à engager la bataille contre Wellington comme a pris soin de le faire Napoléon de son côté avant d’engager la bataille contre Blücher; le mouvement de tout ou partie de l’aile gauche sur Sombreffe était bien dans l’intention affirmée de Napoléon et n’aurait échoué que parce que d’Erlon n’a pas opéré le mouvement attendu qu’il était cependant en mesure d’effectuer – puisqu’il s’est trouvé à portée de Saint-Amand et s’est rendu finalement inutile sur les Quatre-Bras - mais Soult ne précise pas si cet ordre lui avait été adressé directement ou était subordonné à la décision de Ney. On sait, après coup et d’une manière certaine, que d’Erlon aurait pu et dû exécuter le mouvement attendu par Napoléon puisqu’il s’est « trouvé » à portée des Prussiens]

L’ale gauche s’est battue contre l’armée anglaise et lui a enlevé des canons et des drapeaux.[On considère donc que Wellington a été malmenée durement, mais on ignore si l’armée anglo-batave est encore sur les Quatre-Bras malgré le rapport de Ney la veille et le rapport de Flahaut parce que Napoléon croit que la retraite de l’armée prussienne commande celle de l’armée anglo-batave. Dans ce cas, il importait plus que jamais de chercher et d’explorer « toutes les directions » et plus particulièrement les plus dangereuses menant vers Bruxelles.]

Notre perte ne paraît pas énorme puisque sans la connaître, je ne l’évalue pas à plus de 3.000 hommes ; mais c’est le moment de nous envoyer des troupes et de faire passer la levée des 200.000 hommes. Je viens de donner ordre à six bataillons des garnisons de la 16e Division Militaire de se réunir sur le champ à Avesnes, pour être employés à l’escorte des prisonniers ou pour en disposer.[Donc Soult peut espérer recevoir des renforts venant de France.]

Je vous prie de donner des ordres pour faire accélérer leur réunion, et de prescrire qu’on choisisse ceux qui sont les plus complets et le mieux en état, il sera nécessaire d’y mettre des généraux et des officiers supérieurs. Si on excite ces bataillons tous voudront marcher, déjà l’Empereur a reçu plusieurs demandes à ce sujet ; l’on doit profiter de cet enthousiasme. En France, c’est toujours le moment qu’il faut choisir ; d’ailleurs cette augmentation de moyens fera du bien et assurera de nouveaux succès.

P.S. L’armée est formée sur la grande route de Namur à Bruxelles où l’Empereur se rend en ce moment. Le dernier rapport du général Pajol est daté de Mazy, et la gauche dans la direction des Trois-Bras.
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rodolphe
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MessageSujet: EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:30

Le Maréchal Grouchy. (porté par l’adjudant Comte Lenowich)
En avant de la ferme de Caillou, le 18 juin, à 10 heures du matin
M. le maréchal, l’Empereur a reçu votre dernier rapport daté de Gembloux……(etc.)
………………………………L’Empereur désire avoir très souvent de vos nouvelles.
[ici c’est la lettre conforme bien connue]


Ministre de la Guerre
Du bivouac en avant du Caillou, le 18 juin, à 1 heure et quart
M.le maréchal nous nous battons en ce moment, l’ennemi est en position en avant de la forêt de Soignes, son centre à Waterloo.

Nous allons consommer beaucoup de munitions ; nous en avons usé une grande quantité à la bataille de Ligny. L’Empereur ordonne que vous en fassiez diriger sur les places du Nord, sur Avesne, par des moyens accélérés. Ces munitions seront escortées d’Avesne au moyen des bataillons qu’on a ordonné d’y établir pour l’escorte des prisonniers ; la direction que vous devez leur faire donner est celle de Beaumont sur Charleroi pour rejoindre l’armée.

Vous sentirez, M. le maréchal, combien il est important que les ordres de l’Empereur soient promptement exécutés. Je vous prie de me prévenir de ceux que vous donnerez à cet égard.[Le besoin de munitions et de troupes est urgent mais, en écrivant à Davout pour les acheminer, il était peu probable de les avoir avant plusieurs jours alors qu’il aurait été plus utile de disposer d’abord de celles, bien plus proches et immédiatement disponibles, enfermées dans les places fortes du Nord. Les troupes de Grouchy en avaient sans doute plus encore besoin que celles de Napoléon.]

P.S Il est deux heures et demie, la canonnade est engagée sur toute la ligne ; les Anglais sont au centre, les Hollandais et les Belges à la droite des troupes allemandes, les Prussiens sont à la gauche [ce qui démontre que Napoléon n’ignore pas la présence des Prussiens sur sa droite car l’uniforme des troupes de Nassau ne peut être confondu ; mais ceci ne prouve pas que l’on parle de la menace directe de Bülow car il peut parler des forces signalées en marche, et peut-être arrêtées, sur Wavre. En tout cas, aucune inquiétude ne paraît percer l’esprit de Soult sur une issue douteuse de la bataille car on songe seulement à réapprovisionner et renforcer l’armée présente en Belgique.], la bataille est générale ; 400 bouches à feu tonnent en ce moment.





18 JUIN, en avant de Caillou
Ordre au maréchal de camp Remond de prendre le commandement de la division Girard, et de se porter aux Quatre-Bras pour y prendre position. [La division Girard n’a donc pas été oubliée, mais bien laissée volontairement sur Ligny pour se réorganiser et ramasser les blessés sur ce champ de bataille avant de recevoir ce nouvel ordre de se porter sur les Quatre-Bras.]


Maréchal Grouchy ( porté par M. Cousin, espion)
Philippeville, le 19 juin

L’armée s’est repliée sur les places ; je vous ai écrit hier soir de passer la Sambre. J’imagine que vous avez exécuté ce mouvement. Vous pouvez vous diriger sur Philippeville ou Givet, mais il ne faut pas perdre de temps et il faut marcher bien réuni.

M. le lieutenant-général Dumonceau, commandant la 2e Division Militaire
Philippeville, le 19 juin
M. le lieutenant-général, hier nous avons eu une très grande bataille à Waterloo, devant la forêt de Soignes. Les armes ne nous ont pas été favorables et l’armée rentre en France un peu dispersée, mais elle va se réorganiser et se compléter. Il est à présumer que l’ennemi profitera de cet avantage pour inquiéter les places des 16 Divisions Militaires, peut-être pour en investir quelques-unes et pour jeter des troupes dans l’intérieur du pays, je vous en préviens pour que vous preniez des dispositions en conséquence, en tenant prêtes à agir les troupes sous votre commandement.


M. le lieutenant-général Comte Reille
Philippeville, le 19 juin
M. le comte Reille, l’Empereur vous donne le commandement de tous les corps de l’Armée du Nord, qui arrivent successivement sur les glacis de Philippeville………(etc.)



Ministre de la Guerre
Philippeville, le 19 juin
M. le maréchal, hier j’ai eu l’honneur de vous écrire du champ de bataille de Waterloo, à deux heures et demie, alors la bataille était très engagée et donnait l’espoir d’un grand succès ; mais à sept heures un faux mouvement qui a lieu sans que l’Empereur l’ait ordonné a tout changé. Le combat a cependant continué jusqu’à la nuit close, et la retraite s’est effectuée mais avec un peu de désordre.

L’Empereur fait rallier l’armée à Philippeville et à Avesnes, ensuite on organisera les corps et on pourvoira à leurs besoins ; vous vous imaginez qu’après un pareil désastre ils sont immenses.

Je viens d’écrire aux commandants des 2e et 16e Divisions Militaires qu’il est à présumer que
l’ennemi profitera de cet avantage pour investir quelques places, et jeter des troupes pour intercepter les communications. Je leur prescris de prendre de suite des mesures pour faire entrer dans ces places tout ce qui leur manque en approvisionnement de siège, quelque mesure de rigueur qu’il faille employer ; je dis aussi aux lieutenants-généraux Gazan et Frère d’ordonner que les inondations des places, qui en sont susceptibles, soient tentées et de prendre d’ailleurs toutes les mesures de défense générale de police que les circonstances suggéreront.





DOIVENT SUIVRE ICI LES LETTRES Des ORDRES DE GROUCHY ET
DE CORRESPONDANCE DU 14 JUIN, 15 JUIN, etc. AVEC Napoléon dont une
bonne partie est écrite déjà ci-dessous………………)

Lettre du maréchal Soult au maréchal Grouchy
Beaumont, le 14 juin 1815

Je vous envoie, Monsieur le maréchal, l’ordre de mouvement pour demain, que l’empereur vient de donner : conformez-vous à ce qui vous est prescrit dans cet ordre.

Plusieurs routes mènent à Charleroi, en partant de Beaumont, celle de droite passe à Bossus, Fleurieux, Vogènes et Yves, où elle joint la grande route de Philippeville à Charleroi. C’est cette route que vous devez prendre, afin de ne pas tomber dans les autres colonnes ; mais auparavant, faites-bien reconnaître, et réglez votre mouvement de manière à être toujours à hauteur de la colonne de gauche, à la tête de laquelle le général Pajol doit marcher.

Je préviens de la direction que vous devez suivre M. le lieutenant-général Gérard, dont le corps est formé en avant de Philippeville, et qui doit aussi de porter sur Charleroi par la même direction.

Je dois vous prévenir qu’il vient de m’être rendu compte, qu’un corps de 6 000 Prussiens, (infanterie), est établi à Jamignon. Si cela est vrai, l’Empereur veut que ce corps soit enlevé : ainsi vous manœuvrerez en conséquence. J’écris dans le même sens aux lieutenants-généraux Vandamme et Gérard.

Envoyez-moi un officier au moment où vous vous mettrez en marche, et ensuite toutes les heures pendant le mouvement.


Le maréchal d’Empire, major-général
Signé DUC DE DAMATIE

(observation : l’ordre de mouvement de l’armée pour le 15, dont l’envoi est annoncé dans la lettre ci-dessus, n’est point rapporté ici, attendu qu’il se trouve dans le livre d’ordre et de correspondance du major-général, formant la 7e série des pièces justificatives du maréchal Grouchy .)



Lettre du maréchal Grouchy au maréchal Soult
Beaumont, le 14 juin 1815, à 2 heures après-midi

Monsieur le Maréchal,

Je m’empresse de vous prévenir que les hommes du train des batteries d’artillerie attachées aux 4e et 5e divisions formant le premier corps de cavalerie, sont dans une déplorable situation ,quant à l’habillement et au personnel.

Ces hommes sont pour la plupart des enfants ; ils n’ont point de capotes, peu de bons vêtements, point de bottes. Si le temps froid et pluvieux continue, ils tomberont malades au bivouac ou déserteront. On me rend même compte que plusieurs ont déjà disparu.

J’ai l’honneur de vous prier, Monsieur le Maréchal, de faire changer dès que possible les soldats du train de ces deux batteries, ou du moins de leur faire donner des vêtements. La chose est d’autant plus nécessaire, que ce sont précisément les batteries attachées au 1er corps uniquement composé de cavalerie légère et destiné à former l’avant-garde, qui se trouvent les moins partagés.

Il n’y a point de caisson d’infanterie attaché aux batteries du 1er corps de cavalerie. Il est indispensable qu’il y en soit envoyé sans délai, et je vous prie d’en donner l’ordre.

Quoique le général commandant l’artillerie du 1er corps de cavalerie écrive, pour les mêmes objets dont je vous entretiens dans cette lettre, au lieutenant-général Ruty, j’ai cru devoir aussi vous en parler, à raison de l’intérêt majeur dont ils sont.

Recevez, Monsieur le maréchal, les assurances de ma haute considération.

Signé Le Maréchal Grouchy.


Lettre du maréchal Grouchy au général Pajol, commandant le 1er corps
Beaumont, le 14 juin 1815.

Veuillez, général, vous mettre en marche aujourd’hui 14 juin, de manière à arriver avec votre
Corps, réuni, au village de Bossus.

Vous y ferez halte une heure, et y recevrez de nouveaux ordres sur la position définitive où le
1er corps devra bivouaquer ce soir.

Vous vous s’assurerez si tous les hommes de votre corps d’armée sont pourvus de cartouches ; Si leurs armes sont en bon état, et si les quatre jours de pain et la demi-livre de riz dont ils doivent être munis, leur ont été délivrés.

Dans votre marche pour vous porter à la position provisoire de Bossus, vous veillerez à ce que personne ne s’écarte de la colonne et ne dépasse la frontière. Lorsqu’on sera établi au bivouac pour la nuit, bivouac que je vous indiquerai à votre arrivée à Bossus, il faudra que vous fassiez placer vos feux de manière à ne pouvoir être aperçu de l’ennemi. On se mettra à cet effet en arrière des bois et des boqueteaux que je désignerai. Je serai de ma personne à Bossus ; vous viendrez vous y aboucher avec moi, et il faudra y être rendu au plus tard avec votre corps d’armée à midi.

Recevez, etc.

Signé Le Maréchal Grouchy ;
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:31

Lettre du maréchal Grouchy au général Kellermann, à Barbançon
Bossus, le 14 juin 1815.

Mon cher général,
Lorsque l’Empereur me fait connaître les points occupés par sa garde, je ne manque pas d’en instruire les commandants des corps sous mes ordres ; mais hier, comme aujourd’hui, j’ai ignoré où la garde impériale était stationnée. Je n’ai pu donc vous le dire.

Je vous ai textuellement transmis ce matin les ordres de S.M., elle a voulu que toute l’armée bivouaquât aujourd’hui. Comme vous, je sais que les bivouacs, par un temps aussi affreux, font un tort réel à la cavalerie ; mais je sais aussi qu’il ne m’appartient pas de modifier les ordres que je reçois : je dois les faire exécuter en n’en affligeant et en me bornant à en représenter les funestes effets.

Je pense qu’on marchera demain à la pointe du jour. Tâchez d’avoir les nouvelles de la division L’Héritier, afin de pouvoir la rallier dans la journée de demain.

Une fois pour toutes, dès que votre quartier-général est fixé dans un endroit, envoyez-moi un sous-officier, pour pouvoir vous reporter les ordres que je puis avoir à donner à votre corps. Faites-en partir pour Bossus, à la réception de la présente, car j’aurai sûrement, sous peu d’heures, un ordre de mouvement à vous donner pour demain.

Recevez, etc.

Signé Le Maréchal Grouchy ;



Lettre du maréchal Grouchy au maréchal Soult
Bossus, le 14 juin 1815.

Monsieur Le Maréchal

J’ai l’honneur de vous rendre compte que le 1er corps de cavalerie a bivouaqué à Fontenelle et Valcourt, le 2e corps à Bossus et les 3 et 4e corps à la lisière des bois de Gayolle.

Je vous envoie un de mes officiers de Bossus, où j’ai établi mon quartier-général pour recevoir vos ordres pour demain.

Je vous transmettrai sous une couple d’heures, un rapport que j’attends de l’un des douaniers de cette partie de la frontière, qui promet de m’instruire de ce qui se passe en face de nous.

Le bruit que nous devons attaquer demain 15, y est général depuis plusieurs jours.

Recevez, Monsieur le Maréchal, etc.
Signé Le Maréchal Grouchy.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:32

Lettres du 15 juin 1815

TOUS LES ORDRES SUIVANTS SEMBLENT DEMONTRER QUE LES INTENTIONS DE NAPOLEON ONT ETE CONNUES AU DERNIER MOMENT POUR CACHER LA MARCHE DE L’ARMEE. Grouchy a dû passer un temps précieux pour les transmettre à ses généraux de corps d’armée.

1°) Lettre du maréchal Grouchy au général Milhaud

Au général Milhaud,
Bossus, le 15 juin 1815.

Veuillez, mon cher général, faire monter à cheval le corps que vos commandez, à 4 heures et demie du matin, et le mettre en marche de manière à être rendu à Bossus à 5 heures et demie.

Je désire que vous vous y trouviez de votre personne un peu auparavant, afin que je vous donne connaissance de l’ordre de mouvement, par lequel l’armée se porte sur Charleroi. Il est si long que je ne pourrai vous en remettre la copie qu’à votre arrivée ici.

Les 2e, 3e, et 4e corps de cavalerie, à la tête desquels je marcherai, doivent se porter sur Charleroi en passant par Bossus, Fleurieux, Vogènes, et Yves, d’où nous suivrons la grande route de Philippeville à Charleroi.

Ayez soin de dégager votre corps de toute espèce de bagages, voitures et autres, lesquels doivent rester en arrière, jusqu’à ce que l’ordre du vaguemestre-général prescrive de les faire avancer. Vous pourrez seulement les faire porter jusqu’à Bossus, où se réuniront les équipages des 2e et 1er corps.

Ci-joint une proclamation de l’Empereur à l’armée, faites-la lire à la tête des corps, un moment avant de les mettre en marche. Je vous attends à cinq heures précises.

Recevez, etc., etc.
Signé Le Maréchal Grouchy.


2°) Lettre de Grouchy au général Kellermann


Au général, Comte de Valmy
Bossus, le 15 juin 1815.

Veuillez, mon cher général, faire monter à cheval la division que vous avez avec vous, et vous mettre en marche, des bivouacs que vous occupez, de manière à être rendue à Bossus, à 6 heures du matin.

Je vous prie de vous y trouver de votre personne à 5 heures, afin que je puisse vous donner connaissance, avant d’en partir, de l’ordre de mouvement par lequel l’armée se porte sur Charleroi. Il est tellement long, que je ne saurais vous en remettre la copie qu’à votre arrivée ici.

Les 2e, 3e, et 4e corps de cavalerie à tête desquels je marcherai, doivent se porter sur Charleroi en passant par Bossus, Fleurieux, Vogènes, et Yves, d’où nous suivrons la grande route de Philippeville à Charleroi. A raison de la position d’où il part, le 3e corps marchera aujourd’hui seulement après le 4e corps.

Ayez soin de dégager votre corps de toute espèce de bagages, voitures et autres, lesquels doivent rester en arrière, jusqu’à ce que l’ordre du vaguemestre-général prescrive de les faire avancer. Vous pourrez seulement les faire porter jusqu’à Bossus, où se réuniront les équipages des 2e et 4e corps.

Veuillez envoyer au général L’Héritier, l’ordre de vous suivre le plus rapidement possible, en passant par Bossus, Fleurieux, Vogènes, et Yves .

Recevez, etc., etc.
Signé Le Maréchal Grouchy.


3°) Lettre de Grouchy au général Pajol

Au général Pajol
Bossus, le 15 juin 1815.

Veuillez, mon cher général, faire monter votre corps d’armée à cheval à 2 heures et demie du matin, et le réunir à la division de cavalerie du général Domon, qui passera sous vos ordres, et formera l’avant-garde de l’armée qui se porte sur Charleroi.

La division du général Domon doit se trouver à la gauche du général Soult, du côté de Castillon.

Ci-joint, copie de l’ordre de mouvement, qui vous donnera l’explication de ce que vous avez à faire ; marchant avec les trois autres corps de cavalerie par une direction différente de celle que vous suivez, c’est avec le général Vandamme que vous aurez à agir. Vous recevrez des ordres immédiats soit du général Vandamme, soit de l’Empereur, qui marche lui-même à l’avant-garde.

Il m’est prescrit de me porter sur Charleroi, en passant par Bossus, Fleurieux et Yves, où l’on m’écrit que se trouve la grande route de Philippeville à Charleroi.

Comme il m’est prescrit de marcher à hauteur de la colonne de gauche, à la tête de laquelle vous devez être, vous aurez soin de vous mettre en communication avec moi, par l’envoi de fréquents partis.

Recevez l’assurance de mon attachement sincère,
Signé Le Maréchal Grouchy.


4°) lettre de Pajol à Grouchy

Au maréchal Grouchy,
Lambusard, le 15 juin 1815, 10 heures du soir.

Monseigneur,

J’ai l’honneur de vous rendre compte que j’ai pris position ce soir avec le 1er corps d’armée et une division à Lambusard et la seconde à cheval sur la route de Gilly à Fleurus, en avant de l’embranchement qui est en arrière de l’arbre du Frère Henri et de Campinière.

J’aurais occupé ce village, si le général Vandamme eût voulu m’envoyer et me soutenir par quelqu’infanterie ; mais il paraît que ce général a pris la tâche de faire tout ce qui est contraire à la guerre, car il a négligé d’occuper Lambusard et la tête du bois de Gilly à Fleurus, qui sont les deux points principaux, dans la position où nous nous trouvons.

Mes troupes se sont parfaitement conduites aujourd’hui. Je me suis emparé de Charleroi, j’ai le premier passé la Sambre, et soutenu seul, pendant quatre heures, tous les efforts de l’ennemi, ce qui doit mériter à ceux qui se sont distingués, les bontés de Sa Majesté que je vous prie de réclamer pour eux. J’aurai l’honneur de vous en adresser demain les noms.

Je suis, etc. etc.
Signé Le Lieutenant-général comte Pajol
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:33

LETTRES DU 16 JUIN

Lettre du major général,
Au Maréchal Grouchy.
Charleroi, le 16 juin 1815

[ ICI C’EST LA LETTRE BIEN CONNUE ]:

Monsieur le maréchal, l’Empereur ordonne que vous mettiez en marche avec 1er, 2e et 4e corps de cavalerie et de les diriger sur Sombreffe, où vous prendrez position.

Je donne pareil ordre à M. le lieutenant-général Vandamme pour le 3e corps d’infanterie et à M. le lieutenant-général Gérard pour le 4e corps…ETC.


(observation de Grouchy concernant le refus de Vandamme de marcher sur Fleurus : le refus formel du général Vandamme d’obéir à l’ordre que porta le 15 juin, vers six heurs du soir, l’aide de camp Bella, de la part du maréchal Grouchy, de descendre des hauteurs en arrière de Fleurus, au lieu d’y faire prendre position à son infanterie, et de venir coopérer à l’attaque de cette ville, où le général Zieten, poursuivi depuis le village de Gilly par la cavalerie française, s’était rallié aux corps prussiens qui y étaient arrivés dans le cours de la journée, et d’où le maréchal ne pouvait avec sa seule cavalerie l’expulser, cette désobéissance du Général Vandamme fut cause que les Prussiens restèrent maîtres de Fleurus pendant toute la nuit, et que l’injonction d’occuper Sombreffe, ainsi que l’avait prescrit l’Empereur, ne put recevoir son exécution……..etc.)



Lettre du Maréchal Grouchy à Soult :

Au Maréchal Soult,
Campinière, le 16 juin, 3 heures du matin.

Monsieur Le Maréchal,

Veuillez, je vous prie, rendre compte à l’Empereur que les quatre corps de cavalerie sont placés de la manière suivante :

Le corps du général Exelmans a une de ses divisions à Lambusard, et la deuxième, sur la route de Gilly à Fleurus, en avant de l’embranchement de Campinière.

Le corps du général Pajol a une de ses divisions à Lambusard, et l’autre en avant du défilé de Rond-Champ.

Le comte de Valmy, commandant le 3e corps, ne m’a pas encore fait connaître son emplacement, mais je présume qu’il a rallié sa 2e division.[donc on ne sait pas encore, depuis la veille, si la division L’Héritier a pu rejoindre l’autre brigade de la division, avant le mouvement général du 15 juin sur Charleroi, et où elle se trouve.]

Le 4e corps doit se trouver contre Charleroi et le point où j’ai fait charger les carrés d’infanterie prussienne.

Je n’ai point encore les rapports des pertes qu’ont faites les 1er et 2e corps dans la journée d’aujourd’hui ; je les ai demandés , et vous les enverrai dès qu’ils me seront parvenus.

Le total des prisonniers faits par la cavalerie dans la journée d’hier est de 8 à 900 hommes.

Agréez, etc.


P.S : Le 1er de Hussards faisant partie du 1er corps en a été détaché par vos ordres, et je désire
que vous lui fassiez rallier la division Soult dès qu’il sera possible.

Signé Le Maréchal Grouchy



RAPPORT DE L’AFFAIRE DU 15 JUN


Suit ci-dessous la lettre et rapport du général Exelmans à Grouchy, dans lesquels il rend
compte de l’attaque du corps prussien, de Ziethen, près Gilly, le 15 juin

Adressé le 16 juin, par le général Exelmans au Maréchal Grouchy


Monsieur Le Maréchal,

J’ai l’honneur d’informer votre Excellence, que dans l’affaire qui a lieu hier, sous vos yeux, la brigade du général Vincent a eu deux officiers de blessés, avec une vingtaine de dragons et sept de tués. Cette brigade a parfaitement fait son devoir. Conduite par le brave général Vincent qui joint à une grande expérience la fermeté et le sang-froid les plus rares, je prie Votre Excellence de demander pour lui à l’empereur un grade de plus dans la légion d’honneur.

Le colonel Briqueville ( du 20e ) s’est très bien ……etc. ( la suite est peu intéressante )



PUIS SUIVENT CI-DESSOUS LES LETTRES ET ORDRES DU 17 JUIN :

1°) Deux lettres de Grouchy à Gérard, en date de Gembloux, l’une et l’autre du 17 juin :
2°) Lettre à Vandamme
3°) Lettre de Grouchy à Exelmans, en date de Gembloux
4°) Lettre de Grouchy à Pajol, en date de Gembloux


Lettre de Grouchy à Gérard

Au général Gérard,
Gembloux, le 17 juin 1815

Veuillez, mon cher général, envoyer l’ordre à votre cavalerie qui est restée à Roty, d’en partir dès demain à la petite pointe du jour, pour se porter à Grand-Lez. Elle ne devra pas passer par Gembloux, que dans son mouvement elle laissera à sa gauche ; l’ennemi se retirant par Pervès-le-Marché, votre cavalerie se ralliera à nous dans notre mouvement de demain matin, qui sera dans cette direction ; mais il est nécessaire que cette cavalerie parte de très bonne heure, afin d’arriver à temps pour que nous la rallions quand nous serons à hauteur de Grand-Lez.[Grouchy prescrit un départ de très bonne heure pour la cavalerie de Gérard, mais non du corps de Gérard.]

Faites-moi le plaisir de m’envoyer un officier de votre état-major, qui vous reportera l’ordre de mouvement pour demain ; je l’expédierai aussitôt que j’aurai reçu le rapport d’Exelmans.

Le Maréchal Grouchy.



Lettre de Pajol à Grouchy :

Au Maréchal Grouchy,
En avant de Mazy, le 17 juin 1815, à midi.

Monseigneur,

J’ai eu l’honneur de vous envoyer ce matin, à trois heures, mon aide de camp Dumoulin, pour vous rendre compte que l’ennemi ayant évacué à deux heures un quart sa position, je me mettais à sa suite. Depuis, j’ai eu celui de vous prévenir, qu’ayant chargé sa queue de colonne, je m’étais emparé, en avant de ce village, de huit pièces de canon et une quantité immense de voitures, de bagages, de fourrages, etc., dont les chevaux avaient été enlevés.

L’ennemi continuant sa retraite sur Saint-Denis et Leuse, pour gagner la route de Namur à Louvain, et ayant été prévenu que beaucoup d’artillerie et de munitions partent de cette première ville pour se retirer aussi par la même route, je vais me mettre en marche avec la division Teste que Sa Majesté vient de m’envoyer, pour chercher à arriver ce soir à Leuse, et de couper la route de Namur à Louvain, et me saisir ce qui sera en retraite. Je vous prie donc, monseigneur, d’avoir la bonté de m’adresser vos ordres sur ce chemin. [Donc Pajol croit que l’ennemi s’est d’abord retiré sur Namur pour se porter finalement vers Louvain : l’ennemi semble, après s’être éloigné de Sombreffe vers Namur, donc vouloir se replier vers le nord et non plus seulement à l’est de Sombreffe ; il faut donc dès lors supposer que les Prussiens, avec tout ou partie de leurs forces rescapées de la « déroute », cherchent peut-être à gagner Louvain, situé entre Liège et Bruxelles, avec l’intention de rétablir une nouvelle ligne de communication, en abandonnant celle par la chaussée de Namur à Bruxelles en passant par Sombreffe et les Quatre-Bras, pour tenter, selon les circonstances, une nouvelle jonction avec l’armée anglo-batave plus au Nord de Namur afin de se rapprocher de Bruxelles tout en ouvrant une nouvelle ligne de retraite vers Liège. On peut donc comprendre que Napoléon, croyant d’abord que l’armée prussienne se retirerait directement vers la Meuse, ait pu venir à l’idée que les Prussiens pourraient bien être tentés à se rabattre vers Bruxelles et que le faible corps de l’Armée du Nord, détaché à leur poursuite, ne suffirait pas à les inquiéter ou les empêcher, peut-être même les inciter par cette faible démonstration de forces, de tenter une nouvelle réunion avec l’armée anglo-batave avec l’espoir de rétablir des liens plus étroits entre Liège et Bruxelles, peut-être par Louvain, pour couvrir Bruxelles ; et la jonction avec un corps de réserve venant de Liège rendait la retraite dans la direction de Louvain plus menaçante pour la suite de ses opérations sur Bruxelles et, même si, dans l’immédiat, la jonction des Anglais avec les Prussiens était impossible et n’était pas dangereuse, il convenait de ne pas laisser plus longtemps les Prussiens se réorganiser ou manœuvrer librement : la poursuite de l’armée prussienne par un corps plus important est enfin décidée dont Grouchy aura la charge avec la mission première d’observer les mouvements des Prussiens afin de les empêcher de se rallier trop vite, puis de compléter leur défaite si possible, mais en tout cas de ne pas les laisser manœuvrer tranquillement vers Bruxelles de manière à rendre une nouvelle tentative de jonction impossible, sinon trop tardive et trop partielle pour la rendre inefficace et inutile. Cette lettre ne pouvait que motiver l’envoi d’une autre force pour une recherche plus approfondie vers Louvain par Gembloux avec l’espoir de couper toute ligne que les Prussiens chercheraient à établir vers Bruxelles et peut-être soutenir l’action de Pajol sur Leuse de manière à couper celle de Namur à Louvain de manière à tenir les Prussiens éloignés des Anglais.]

Je renvoie à la division Subervie sa batterie. J’aurais bien désiré que cette division me rejoigne, car il m’en reste peu.

Je suis, etc., etc.

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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:34

LETTRE DE GROUCHY à GERARD :

Au général Gérard,
Gembloux, le 17 JUIN 1815, à 10 heures du soir

Je désire, mon cher général, que vous vous mettiez en marche demain, 18 courant, à 8 heures du matin. Vous suivrez le corps du général Vandamme, et nous nous porterons d’abord sur Sart-à-Walhain. Les renseignements ultérieurs que je recueillerai et les rapports de mes reconnaissances sur Perwès et Sart-à-Walhain, régleront ma marche ultérieure. [Vandamme devait donc se mettre en marche bien plus tôt que Gérard. Le corps de Gérard, arrivé bien plus tard que celui de Vandamme sur Gembloux, pourrait ainsi mieux récupérer.]

Voulez-vous bien faire donner, à raison du mauvais temps, double ration d’eau de vie aux troupes sous vos ordres.

Le Maréchal Grouchy.




LETTRE DE GROUCHY à VANDAMME :

Au général Vandamme,
Gembloux, le 17 juin au soir 1815.

Ainsi que nous en sommes convenus, mon cher général, je désire que vous vous mettiez en mouvement demain avant
cinq heures du matin, et que vous vous portiez sur Sart-à-Walhain.

Vous serez précédé de la cavalerie du général Exelmans et suivi du corps du général Gérard.

Le général Pajol a ordre de marcher de Mazy, route de Namur, sur Grand-Lez, où il recevra une nouvelle direction, d’après celle que nous suivons nous-mêmes.

Le Maréchal Grouchy




LETTRE DE GROUCHY à EXELMANS :

Au général Exelmans,
Gembloux, le 17 juin 1815, à 7 heures du soir

Mon cher général, j’arrive ici avec les corps de Vandamme et de Gérard. Donnez-moi de vos nouvelles en toute hâte, afin que je règle nos mouvements d’après votre rapport, et la marche de l’ennemi qui se retire par divers points, et a pris, m’assure-t-on, la route de Perwès et Leuse. Il est poursuivi dans cette direction par le général Pajol, qui espère arriver ce soir à Leuse.

Il faut demain que nous le talonnions de très-près : je mettrai donc en marche Vandamme, à la petite pointe du jour, et me lierai à vous. [Grouchy pense ne pas être très éloigné des Prussiens et espère que sa cavalerie recueillera des renseignements plus précis dans la nuit. Le corps de Bülow, retraitant en plusieurs colonnes, sur plusieurs directions en apparence divergentes, était de nature à abuser Pajol et Exelmans.]

Vos misères pour vous garder vont finir, puisque je commande l’aile droite de l’armée, et disposerai de l’infanterie à mon gré. [Exelmans avait donc été réticent à poursuivre les Prussiens et avait évité d’engager un combat contre ces derniers sur Gembloux quitte à en perdre le contact sur Gembloux ; Exelmans jugeait sa cavalerie peu apte à l’exploration et, se croyant détaché sans soutien réel d’infanterie, ne voulait pas engager une lutte quelconque contre des forces prussiennes de toutes armes sans le soutien actif de l’infanterie comme Pajol pouvait l’être, au contraire, avec la division Teste Je trouve, par ailleurs, incroyable la marche de ces dernières troupes ( Infanterie de Teste ) qui, semble-t-il, ont toujours suivi sans apparemment discontinuer la troupe de cavalerie légère de Pajol. Malheureusement pour Grouchy, Vandamme étaient mal disposé pour le servir au mieux en retardant, une fois de plus, le départ de ses divisions.].

Répondez-moi promptement, et donnez-moi tous les détails possibles, afin que je les transmette à Sa Majesté qui attaque aujourd’hui Wellington aux Quatre-Chemins, s’il y a pris position.[Grouchy n’était pas certain, en quittant Napoléon, que Napoléon aurait à livrer une bataille contre Wellington dans la journée du 17 juin. C’eût peut-être été là l’occasion inespérée de terminer la campagne de Belgique par une nouvelle victoire ; mais il convenait à Napoléon de ne pas perdre inutilement la journée en s’attardant trop sur Sombreffe et de ne pas laisser Wellington lui échapper en le « surprenant » sur les Quatre-Bras ou en le pressant sur Waterloo avant que les Prussiens, poursuivis ou non par Grouchy, soient de nouveau en mesure de venir à son secours d’autant plus que les Prussiens semblaient avoir fui « dans toutes les directions ».]

Pajol a pris ce matin huit pièces, grand nombre de bagages et de prisonniers.

Agréez, etc., etc.

Le Maréchal Grouchy.




LETTRE D’EXELMANS à GROUCHY :

Au Marchal Grouchy,
Le 17 juin 1815

Monseigneur,

J’ai l’honneur de vous informer ce matin du mouvement que j’ai fait sur Gembloux pour y suivre l’ennemi qui s’y est massé.

Je l’ai observé jusqu’à présent et je ne lui ai pas vu faire de mouvement. Son armée est sur la gauche de l’Orneau ; il a seulement sur la rive droite de cette rivière un bataillon en avant de Basse-Bodece : aussitôt qu’il se mettra en mouvement je le suivrai. [Lire Baudecet ?]

J’ai l’honneur d’être, etc., etc. [Exelmans n’a pas fait grand chose pour surveiller les Prussiens car il était peu enthousiaste à cette mission d’exploration ; il aurait pu se montrer pour les inquiéter mais, peut-être avec l’espoir de les surprendre, il s‘est borné à faire observer le bataillon qui se trouvait devant lui et qui lui échappera cependant avant que Grouchy ne soit en mesure de l’appuyer avec de l’infanterie. Tout indice, voir toute trace, d’une retraite vers Wavre a été perdue par sa négligence. Exelmans a songé à donner quelque repos à sa cavalerie ].

Le lieutenant-général EXELMANS.


P.S : J’ai dit ce matin à Votre Excellence que mon monde était sur les dents. Ce qui les a plus fatigués, c’est le service que les dragons ont été obligés de faire cette nuit, et l’on ne peut exiger qu’ils fassent cela aussi bien que la cavalerie légère, car ils n’y entendent presque rien, et éreintent leurs chevaux bien plus vite. Cela me fait sentir la nécessité d’attacher à un corps de dragons, quelques escadrons de cavalerie légère. Je prie Votre Excellence de vouloir faire quelqu’attention à ce que j’ai l’honneur de lui exposer.

(observation de Grouchy sur cette lettre : Cette lettre fut apportée au maréchal Grouchy, par son aide de camp Bella, qu’il avait envoyé au général Exelmans, pour avoir enfin de nouveaux rapports sur la marche en retraite des Prussiens)
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:34

LETTRE DE GROUCHY à PAJOL :

Au général Pajol, à Mazy,
Gembloux, le 17 juin 1815, 10 heures du soir.

Veuillez, mon cher général, partir demain 18 du courant, à la pointe du jour, de Mazy, et vous porter avec votre corps d’armée et la division Teste , à Grand-Lez, où je vous transmettrai de nouveaux ordres.

Je marche à la suite de l’ennemi, qui avait encore une trentaine de mille hommes ici à midi. Je me dirige sur Sart-à-Walhain : mais suivant les renseignements que je recueillerai dans la nuit et les vôtres, peut-être ma rabattrai-je sur Perwès-le-Marché.

Aussitôt que vous serez arrivé à Grand-Lez, liez-vous avec moi par des partis, et me donner de vos nouvelles.

L’Empereur me prescrivant d’éclairer la route de Namur, et de savoir ce qui s’est retiré de cette ville, poussez-y une très forte reconnaissance bien commandée, qu’elle sache ce qui y a passé en infanterie, cavalerie et artillerie, et si Namur a été évacué. Elle vous rejoindra à Grand-Lez par le chemin le plus court, et sans revenir à Mazy.

Je désire aussi que vous vous portiez sur Grand-Lez, sans passer à Gembloux, que vous trouveriez encombré. Allez donc par la route directe qui sera toujours aussi bonne que celle que nous avons suivie. Vandamme a donné ordre à Subervie de vous rejoindre ; ne l’a-t-il donc pas fait ? [En tout cas, Grouchy fait tout pour retrouver les traces des Prussiens et pour soutenir ses forces détachées pour ne pas les compromettre isolément.]

Renvoyez-moi deux officiers et de vos nouvelles, en m’accusant réception de la présente.

Agréez, etc., etc.

Le Maréchal Grouchy.



LETTRE DE VANDAMME à GROUCHY :

Au Maréchal Grouchy,
Gembloux, le 17 juin 1815.

Monsieur le maréchal,

J’ai l’honneur d’informer Votre Excellence que les généraux Thielmann et Borstell faisaient partie de l’armée que nous avons eue en tête Ils sons arrivés ici ce matin, vers six heures et en sont partis vers dix heures.[Les troupes prussiennes ont donc très vraisemblablement une longue avance sur Grouchy.]

Ils ont avoué à mes hôtes, que la journée d’hier avait mis hors de combat 20 000 hommes de l’armée prussienne.

Ils ont demandé les distances de Wavre, Perwès et Hannut. [Ces renseignements inciteront Grouchy à envoyer de fortes reconnaissances de cavalerie dans ces directions ; Grouchy était donc loin de rester inactif et sans imagination puisqu’il songera à marcher sur Sart-à-Walhain de manière à agir, sans perte de temps, car ce point est à la bifurcation des routes menant sur l’une ou l’autre direction ; l’obscurité de la nuit ne permettait pas l’observation mais on pouvait espérer des informations bien plus sûres et précises avec les. Dans l’immédiat, il ne pouvait déterminer la ligne de retraite générale du gros de l’armée prussienne, mais il penchait davantage à marcher vers Wavre parce qu’il connaissait l’intention de Napoléon de se porter sur Bruxelles à moins que des informations lui indiquent de se porter plutôt vers Liège avec l’espoir de surprendre les Prussiens dans cette direction si elle se révélait bien plus utile pour compléter la défaite des Prussiens que de courir après des troupes isolées ou égarées pouvant se retirer vers Wavre ( Napoléon ne croyant d’ailleurs pas lui-même utile et nécessaire d’informer rapidement Grouchy de la présence d’une forte colonne que lui signalera cependant Milhaud et de faire explorer par l’un ou l’autre cette région précise en flanc de l’armée principale dans sa poursuite de Wellington jusque devant la forêt de Soignes). Dans l’immédiat, l‘armée prussienne semblait donc incapable de se réunir parce qu’elle paraissait plutôt dispersée et se repliait en plusieurs colonnes avec l’espoir d’échapper ainsi à leurs poursuivants en prenant des directions divergentess.]

J’ai l’honneur, etc., etc.

Vandamme.


LETTRE de BONNEMAINS, adressée au général CHASTEL, mais transmise à Grouchy :

Lettre du général Bonnemains
à son lieutenant-général Chastel.
Ernage, le 17 juin 1815, 10 heures et un quart du soir,

(NOTA : cette lettre fut adressée au maréchal Grouchy, dans l’ignorance où se trouvait le général Bonnemains, du quartier-général du général Chastel)

Mon général,

L’ennemi a occupé jusqu’au soir le village de Tourines.

Il y avait, selon les dires des paysans, beaucoup d’infanterie et quelque cavalerie, qui couvraient la marche d’un convoi. Je les ai observés jusqu’à la nuit, et ai rétrogradé sur Baudecet, où j’avais laissé un régiment, dans l’intention d’y loger avec une brigade, mais j’y ai trouvé le 5e dragons établi. Je me suis alors déterminé à venir ici, et j’y attendrai vos ordres.

Un paysan que j’ai envoyé de Sart-à-Walhain à Tourines m’assure à l’instant que l’ennemi est parti de ce dernier endroit à huit heures un quart du soir.[Ce renseignement pouvait démontrer que les Prussiens étaient très dispersés mais que des forces prussiennes paraissaient bien se porter vers Bruxelles ; Grouchy pensait les joindre car elles ne semblaient pas plus très éloignés et espérait que sa cavalerie reprendrait le contact assez rapidement .]

Agréez, etc., etc.

Le général baron Bonnemains.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:36

SUIVENT CI-DESSOUS LES LETTRES ET ORDRES DONNES PAR Grouchy LE 18 JUIN 1815 :



LETTRE DE GROUCHY à PAJOL :

au général Pajol, à Grand-Lez,
Gembloux, le 18 juin 1815, à la pointe du jour

Un avis qui ne paraît pas dénué de fondement, m’annonce, mon cher général, qu’un grand parc d’artillerie de l’ennemi doit être dans ce moment à une lieue et demie de Grand-Lez. Faites vérifier la chose, et si il en est ainsi, tombez de suite dessus avec votre cavalerie et la division Teste. Si vous ne pouviez pas mordre, à raison de forces supérieures qui escorteraient ce parc, je vous ferais appuyer par des troupes que je vous enverrais de Sart-à-Walhain, où je me rends.

Le mouvement de retraite de l’armée de Blücher me paraît prononcé sur Bruxelles. Ainsi, dans le cas où l’avis que je vous donne serait dénué de fondement, arrivez à grande hâte à Tourines afin que nous poussions en avant de Wavre le plus promptement possible.

Agréez, etc., etc.

Le Maréchal Grouchy.




LETTRE DE GROUCHY à PAJOL :

Ordre au général Pajol, à Grand-Lez,
Gembloux, le 18 juin 1815, 3 heures du matin


Veuillez, mon cher général, partir de Grand-Lez à la réception du présent ordre, et vous rendre à Tourines avec votre corps de cavalerie et la division Teste, où vous recevrez de nouveaux ordres. [Grouchy a cru Pajol, ou en marche, sur Grand-Lez.]

Le Maréchal Grouchy.




LETTRE DE GROUCHY à DUMONCEAU :

au général Dumonceau, commandant le 2e division militaire, à Givet.

La victoire remportée par l’Empereur à Fleurus, M. le général, ayant amené l’évacuation de Namur, Sa Majesté m’a chargé de vous transmettre l’ordre de faire occuper Namur par quelques bataillons de garde nationale et quelques batteries de canons que vous formerez à cet effet à Charlemont.

Vous donnerez le commandement de cette place à un maréchal de camp que Sa Majesté vous autorise à désigner avant de diriger les gardes nationales sur Namur, et de faire occuper cette place ; vous la ferez reconnaître pour vous assurer que les Prussiens ne l’ont pas fait occuper par des troupes venues de Liège.

Agréez, etc. ,etc.

Le Maréchal Grouchy.



LETTRE DE PAJOL à GROUCHY :

Au Maréchal Grouchy,
Mazy, le 18 juin 1815, à 4 heures du matin ;

Monseigneur,

J’ai eu l’honneur de vous rendre compte hier que Namur était évacué et que j’avais poussé mes troupes au-delà de Temploux et de Meux, mais qu’apprenant qu’un corps de 25 à 30 000 hommes était réuni à Gembloux, et que n’étant pas soutenu, j’avais cru nécessaire de me retirer à Mazy ; ce qui est très malheureux, car je serais déjà à Grand-Lez où je me rends et où j’aurai l’honneur de vous voir.[c’est la réponse de Pajol à Grouchy qui l’avait invité à se porter sur Grand-Lez.]

Je suis, etc., etc.

Le lieutenant-général Pajol




suit ici la lettre de Soult à Grouchy datée du Caillou 10 heures du matin ( bien connue )


suit ici la lettre de Soult à Grouchy datée de 13 heures ( bien connue avec le PS)



LETTRE DE GROUCHY à VANDAMME :

Au général Vandamme,
Des hauteurs de Limale, le 18 juin 1815, à 11 heures et demie du soir

Mon cher général, nous avons débouché de Limale, mais la nuit n’a pas permis de poursuivre, de sorte que nous sommes bec à bec avec l’ennemi. Puisque vous n’avez pas été à même de passer la Dyle, veuillez vous rendre de suite à Limale avec votre corps, ne laissant devant Wavre que le nombre de troupes indispensable pour nous maintenir dans la partie que nous occupons. A la pointe du jour nous attaquerons les troupes que j’ai en face de moi [donc de Limale] et nous réussirons, j’espère, à joindre l’Empereur, ainsi qu’il ordonne de le faire. On dit qu’il a battu les Anglais, mais je n’ai plus de ses nouvelles, et je suis fort dans l’embarras pour lui donner des nôtres

C’est au nom de la patrie que je vous prie, mon cher camarade, d’exécuter de suite le présent ordre. Je ne vois que cette manière de sortir de la position difficile où nous sommes, et le salut de l’armée en dépend.

Je mets en outre sous votre commandement tout le corps de Gérard. Je vous attends.[Grouchy place le corps d’armée de Gérard sous le commandement de Vandamme parce que Gérard, touché la veille, n’est plus en mesure d’assurer ce commandement ; mais en fait c’est le général Vichery, second de Gérard, qui prendra la direction du IVe corps d’armée.]

Le Maréchal Grouchy.

LETTRE DE GROUCHY à PAJOL :

Ordre au général Pajol
sur la route de Sart-à-Walhain, à Wavre, le 18 juin 1815.

Général, portez-vous en toute hâte avec la division Teste et votre corps d’armée à Limale ;
Passez-y la Dyle et attaquez l’ennemi qui est en face.

Le Maréchal Grouchy.






SUIVENT ICI LES LETTRES DU 19 JUIN :

LETTRE DU MAJOR GENERAL,
Au maréchal Grouchy
Philippeville, le 19 juin 1815

Monsieur le Maréchal, je vous remets l’état de l’emplacement des divers corps d’armée qui formaient la colonne commandée en personne par l’Empereur.

Les corps sous vos ordres n’y sont pas portés. Sa Majesté a voulu, avant de vous donner une destination, être instruite de votre arrivée soit à Philippeville, soit à Givet. Je suis chargé de vous prévenir qu’aussitôt que vous aurez touché l’une ou l’autre de ces places, vous devrez manœuvrer dans la direction de Laon pour joindre l’armée et m’en prévenir aussitôt, afin que je vous envoie des ordres : le quartier-général se rend à Laon.

Le maréchal d’Empire, major-général,
Duc de Dalmatie.


AUTRE LETTRE DE SOULT :

Monsieur le Maréchal comte de Grouchy

Monsieur, je vous préviens que l’emplacement de l’armée a été arrêtée ainsi qu’il suit :

Les premier, deuxième et sixième corps d’armée (infanterie) à Laon, sous les ordres de M.
le Lieutenant-général comte Reille.
Troupes d’artillerie à La Fère
Troupes de génie à Laon
La première division de cavalerie à Marle
La deuxième division de cavalerie à Saint-Quentin
La troisième division de cavalerie à Rethel
La cinquième division de cavalerie à Hervins
Les troisième et quatrième corps de cavalerie formant les onzième, douzième, treizième et quatorzième divisions à Rennes.
Les administrations et le quartier-général à Laon.
Toute la garde impériale à Soissons (infanterie, cavalerie et artillerie).

Vous voudrez bien donner des ordres et prendre toutes les mesures nécessaires pour faire diriger sur ces points les hommes isolés qui se présenteraient dans l’espace que vous commandez.

Signé le maréchal d’Empire, major-général
Duc de Dalmatie.




Lettre de Grouchy au lieutenant-général Vichery, auquel il avait confié finalement le commandement du 4e corps d’armée, depuis que la blessure de Gérard l’avait mis dans le cas de quitter l’armée

Au général Vichery, commandant le 3e corps
Nil-le-Pierreux, le 19 juin 1815


Mon cher général, le désordre qui règne en ce moment dans la marche, rend nécessaire que vous preniez position avec votre arrière-garde, pendant quelque temps, à la Baraque, afin de laisser filer les parcs et autres voitures. Je voulais d’abord vous y attendre, mais je préfère suivre la colonne, pour tâcher de remédier aux inconvénients de la marche.

Le général Vandamme fait garder Wavre jusqu’à dix heures du soir ; ainsi il est nécessaire que vous teniez la position de la Baraque, (faisant soigneusement surveiller le défilé de Limale) assez longtemps pour que l’ennemi ne puisse pas se placer entre vous et lui.

Mettez votre artillerie au centre des divisions, et qu’elles marchent serrées et à distance, afin que le 4e corps donne une nouvelle preuve du bon esprit qui l’anime, en déployant une grande énergie dans ces mouvements difficiles.

Mon intention est qu’on pousse, sans arrêter, jusqu’à Temploux, en passant par Gembloux : vous ferez seulement faire des haltes, de temps en temps.

J’ai fait filer une de vos divisions à mon passage à la Baraque, afin qu’elle appuie la cavalerie qui fait tête de colonne.

Le maréchal Grouchy.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:37

ALLOCUTION DU MARECHAL GROUCHY
A quelques-uns des officiers généraux sous ses ordres, lorsqu’il eut appris les désastres
de Waterloo

L’officier d’état-major envoyé au maréchal Grouchy dans la nuit du 18 juin, par le major-général, pour les lui annoncer, ne le rejoignit que le 19 juin, vers dix heures et demie du matin, sur la route de Wavre à Bruxelles, poursuivant les Prussiens qui battaient en retraite sur cette ville.

Cet officier n’était porteur d’aucune dépêche, et ce ne fut que verbalement qu’il fit connaître au maréchal Grouchy l’issue fatale de la journée de la veille. Il était excédé de fatigue, et ne put rien préciser, quant à la direction prise par l’Empereur en se retirant. Il répondait d’une manière si incohérente aux questions qui étaient faites, que le maréchal crut d’abord ses idées brouillées par les fumées du vin, ou sa tête égarée. Mais les détails dans lesquels il entra relativement à la désorganisation où étaient les corps, et nos pertes en hommes, chevaux et matériel, finirent par convaincre le maréchal du triste état des choses.

Il fit appeler les officiers généraux le plus à portée de lui, leur apprit la perte de la bataille de Waterloo, arrêta le mouvement de ses troupes, ne fit suivre les Prussiens que par quelques tirailleurs, et crut devoir faire part des motifs qui avaient déterminé ses mouvements, depuis qu’il avait été détaché par l’Empereur.

« Ils ont été basés, leur dit-il, sur les ordres successifs qu’il m’a donnés le 17, à une heure après-midi. Il m’a ordonné alors de me mette à la poursuite des prussiens, de les combattre dès que je les aurai joints, et de ne jamais les perdre de vue, et a ajouté :

« C’est sur la Meuse, et dans la direction de Maëstricht que se retire le maréchal Blücher, ainsi c’est vers Namur que vous devez marcher. Je me rends aux Quatre-Bras, et attaquerai les Anglais, s’ils ont pris position de ce côté-ci de la forêt de Soignes. »

Quelques heures plus tard, l’empereur modifia ses premiers ordres, et me fit écrire par le grand maréchal du palais, le général Bertrand, de me porter à Gembloux, et de me borner à envoyer des reconnaissances vers Namur.

Il est important, ajoutait-il, dans cette lettre, « de découvrir ce que veulent faire les Prussiens : ou ils se séparent des Anglais, ou ils ont le dessein de tenter le sort d’une nouvelle bataille. Dans tous les cas, tenez constamment vos deux corps d’infanterie réunis dans une lieue de terrain, occupez tous les soirs une bonne position militaire, ayant plusieurs débouchés de retraite, et portez-vous sur Gembloux. [donc pas sur Wavre. Napoléon pensait donc bien que les Prussiens se risqueraient à une nouvelle bataille, peut-être même sur Gembloux où ils sont signalé»s en masse, où il porte Grouchy ]

Pendant la nuit du 17, à la pointe du jour le 18, j’ai écrit de Gembloux trois lettres à l’Empereur, pour lui faire des renseignements que je recevais, relativement aux mouvements des Prussiens, et pour le prévenir que la tardive arrivée du 4e corps à Gembloux, où il n’était pas encore en totalité à onze heures du soir, et l’orage de la veille ne m’avait pas permis de porter le 3e corps plus loin qu’à une lieue au-delà de Gembloux ; mais qu’apprenant que plusieurs colonnes prussiennes avaient paru du côté de Sart-à-Walhain, se dirigeant sur Wavre, je me proposais de me mettre en marche de très grand-matin, et de me diriger d’abord sur Sart-à-Walhain, d’où je lui adresserais une nouvelle dépêche.

Vers midi et demi, une lettre du major-général, datée de la ferme du Caillou, le 18 juin, à 10 heures, m’annonça que l’Empereur allait faire attaquer l’armée anglaise qui était en position à la lisière de la forêt de Soignes. Dans cette lettre, mon mouvement sur Sart-à-Walhain était approuvé comme étant conforme aux instructions qui m’avaient été communiquées. Enfin, elle se terminait par cette observation : « qu’en rendant compte à l’empereur de ce que j’avais appris de la marche de l’armée prussienne, je ne lui avais rien dit d’une colonne ennemie assez considérable, qui, en quittant le champ de bataille de Fleurus, le 16 au soir, s’était dirigée sur Géry et Gentines, mais qui ensuite s’était portée sur Wavre, où je devais arriver le pus tôt possible. »

D’après cette lettre, il m’a paru évident que l’empereur ne jugeait pas avoir besoin de ma coopération, pour battre l’armée anglaise, puisqu’au moment où il la faisait attaquer, il m’enjoignait non de l’aller joindre, mais de me porter rapidement sur Wavre, direction qui m’éloignait de lui.

Il me reste encore, Messieurs, à vous faire sommairement connaître par quelles raisons j’ai du repousser les conseils que le comte Gérard se crut devoir me donner, lorsque le bruit d’une canonnade se fit entendre à Sart-à-Walhain, vers onze heures et demie ; elle ne doit, lui dites-vous, nullement nous étonner, puisqu’en quittant l’Empereur la veille, il m’avait prévenu qu’il se portait aux Quatre-Bras, pour attaquer l’armée anglaise, si elle n’était pas en retraite sur Bruxelles. Cette canonnade n’avait d’ailleurs pas alors assez d’intensité pour qu’on pût juger si elle était celle d’un engagement d’arrière-garde, ou d’une affaire générale.

Je m’étais arrêté à Sart-à-Walhain pour écrire à l’Empereur, et venais de lui faire porter ma lettre par le major de la Fresnaye, un de mes officiers d’ordonnance, quand le général Exelmans me fit prévenir par un de ses aides de camp, qu’il avait en face de lui une arrière-garde prussienne, barrant la route de Wavre.

A l’instant je montai à cheval pour aller la faire attaquer, mais je fus retenu par le comte Gérard, qui me pressa de nouveau, ainsi qu’il venait de le faire, de marcher au bruit du canon, ou de l’y laisser marcher avec le 4e corps, si je ne croyais pas devoir le faire avec la totalité de mes troupes.

Vous dûtes, comme moi, être étonnés qu’il ne sentit pas l’inconvenance qu’il y avait à ce qu’un officier général qui ignorait quels ordres avaient été reçus de l’Empereur, et quelles données faisaient agir le maréchal de France sous lequel il était placé, se permit de lui tracer publiquement la ligne de conduite qu’il devait suivre, et atténuât par une improbation manifestée devant nombre de subordonnés, la confiance qu’il est si désirable que l’officier particulier et le soldat portent à leur général en chef, confiance qui est un des éléments les plus nécessaires pour alléger le fardeau d’une obéissance que des circonstances difficiles rendent pénible et souvent incomplète.

Quoiqu’il en soit, d’une part les lettres de l’Empereur, dont je viens de vous faire connaître le contenu, l’heure avancée de la journée, l’éloignement où l’on était du point où le canon se faisait entendre, l’état des chemins entièrement défoncés par l’orage de la nuit, rendaient impossible d’arriver assez à temps, pour prendre part à l’affaire qui avait lieu. D’un autre côté, il n’y avait alors qu’une seule des divisions du 4e corps rendue à Sart-à-Walhain, le reste était encore à une lieue et demie en arrière.

Le 3e corps était en présence de l’armée prussienne que je poursuivais, dont la force était triple de la mienne et que tous les rapports annonçaient être massée à Wavre.

Pouvais-je dans de telles circonstances, méconnaître les intentions de l’Empereur et les premières règles de la stratégie, qui ne permettaient ni de diviser mes forces ni de porter le 4e corps du côté où on se battait ni d’abandonner à ses propres forces le 3e au moment où il était aux prises avec l’ennemi et le séparer du 4e par une rivière inguéable, en l’éloignant de plusieurs lieues.

Tout me faisait donc un devoir de repousser d’aussi absurdes conseils et d’agir comme je l’ai fait.

La position difficile, dans laquelle nous place les désastres de Waterloo, ne me permet pas de donner en ce moment plus de développements aux mobiles de mes déterminations ; mais je suis convaincu qu’elles finiront par obtenir votre assentiment, et je prends l’engagement de les soumettre dans tous leurs détails à l’appréciation non-seulement des gens du métier, mais aussi à celle de la France entière. »
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:38

LETTRES DU 2O JUIN


LETTRE DE GROUCHY à VANDAMME :

Au général Vandamme
Wavre, le 20 juin 1815

Quand vous aurez évacué Namur, mon cher général, je désire que vous veniez prendre position à la tête du faubourg de Dinan, et que vous y teniez le temps nécessaire pour que cette ville soit désencombrée : je me propose de pousser demain jusqu’à Charlemont. Ainsi dans les défilés, à la sortie de Namur et à Dinan, vous arrêterez facilement l’ennemi qui n’a que de la cavalerie, et j’espère que, sans perte notable, nous gagnerons Charlemont.

J’ai donné ordre à la cavalerie du général Pajol d’éclairer notre flanc droit, et d’avoir des nouvelles de ce qui se passe du côté de Charleroi, s’il est possible.

Si je vois les troupes trop fatiguées, elles prendront position avant d’arriver à Charlemont.

N’oubliez pas de donner des ordres à la division Teste.

Le maréchal Grouchy

P.S. Il y a trois portes à Namur ; veuillez envoyer des postes d’infanterie à chacune pour qu’elles soient gardées tout le temps nécessaire.



LETTRE DE GROUCHY à VANDAMME :

Lettre du maréchal Grouchy
Au général Vandamme
Dinan, le 20 juin 1815, à 11 heures du soir

Je vous fais passer ci-joint, mon cher général, l’ordre de marche pour demain, et vous prie de donner, en ce qui vous concerne, les ordres qu’il nécessite.

Je vous recommande aussi de tenir le plus possible au village de Bovines, attendu qu’il y aurait ici un grand encombrement et que presque toue la journée de demain serait nécessaire pour son déblaiement.

Le maréchal Grouchy



ORDRE DE MARCHE
Le quatrième corps se mettra en marche à cinq heures du matin, fera une halte au ruisseau de la Lelle, d’où il continuera son mouvement jusqu’à Givet, et occupera là le camp retranché.

Le troisième, dont la division Teste fait partie, continuera à faire l’arrière-garde. Elle tiendra le plus possible à Bouvines, puis à l’entrée de Dinan, dont elle défendra les approches, le plus qu’il pourra. Il en sera de même des positions défensibles, entre Dinan et Givet, disputant le terrain pied à pied, afin d’assurer par ce moyen, la rentrée de tous les blessés de l’armée dans les forteresses.

A la nuit, le troisième corps viendra aussi occuper le camp retranché. M. le général en chef Vandamme désignera un ou deux régiments de son corps pour former la garnison de la ville.




Au général Vandamme
Temploux, le 20 juin 1815

Veuillez, mon cher général, envoyer de suite à Namur pour faire réunir sans retard les blessés et estropiés qui se sont déjà portés sur cette ville, et les diriger sur Charlemont.

Donnez des ordres à vos commissaires de guerre pour qu’ils réunissent des moyens de transport et organisent le convoi de blessés, de manière qu’il soit pourvu à tout ce qui leur est nécessaire.

Donnez ordre à votre ordonnateur de se rendre de suite à Namur, afin de faire fabriquer cent mille rations de pain, de frapper une réquisition d’autant de rations d’eau-de-vie , et se fasse fournir les objets qui peuvent être nécessaires à l ‘armée.

Ne perdez pas un moment à faire exécuter ces divers ordres afin, qu’en arrivant dans la ville, la distribution puisse être faite aux soldats.

Je compte marcher vers une heure après-midi, sur Namur, avec votre corps d’armée et la division Teste. Ayez soin que l’artillerie marche avec les divisions auxquelles elle appartient ; que votre parc soit entre la première et la seconde division, et que l’ordre se rétablisse dans la marche.

Envoyez-moi, je vous prie, toutes les fois que je me trouve avec votre corps d’armée, une compagnie de grenadiers pour la garde de mon quartier-général.

Le maréchal marquis de Grouchy





Au général Teste
Temploux, le 20 juin 1815


Veuillez, mon cher général, partir de Temploux au reçu du présent ordre, et vous porter avec votre division à Namur. Vous camperez à cheval hors de la place, sur la route de Louvain, vous gardant soigneusement dans toutes les directions. Vous recevrez mes nouveaux ordres à Namur.

Le maréchal Grouchy
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MessageSujet: R   Lun 24 Sep 2007 - 10:39

Au maréchal Soult
Au quartier-général de Dinan, le 21 juin 1815

Monsieur le maréchal,

J’ai l’honneur de vous informer qu’étant sans nouvelles de Sa Majesté et n’ayant reçu aucun ordre depuis l’annonce de la perte de la bataille de Waterloo, qui me fut donné par un officier de votre état-major, pendant que j’étais aux prises avec l’ennemi que j’avais battu et poussé au-delà de Rosierne, route de Wavre à Bruxelles, j’ai effectué ma retraite sur la Sambre et de là sur Charlemont, où j’arriverai ce soir….etc.

Je ramène les corps qui ont été sous mon commandement, affaiblis, ne formant qu’un total d’environ vingt et quelques mille hommes, mais sans avoir perdu un trophée militaire, une pièce de canon…etc.

Il est indispensable, après les fortes marches que mon corps vient d’effectuer, que les troupes prennent au moins un jour de repos. Les troisième et quatrième corps campent sous Givet, ainsi que la division Teste.

Les premier et deuxième de cavalerie cantonneront dans diverses directions en arrière.

J’enverrai ce soir l’état de la situation de l’armée.

Veuillez me transmettre des ordres ; ce soir j’aurai l’honneur de vous écrire de nouveau.

Veuillez agréer, etc.


P.S. Le général Gérard a été blessé au combat près de Wavre, j’ai donné provisoirement le commandement de son corps au général Vichery. Le général Penne a été tué à l’attaque du moulin de Bielge.( il faut comprendre Bierges )




LETTRE DE JOMINI, PARIS 8 mai 1840

Un militaire………a été surpris que je voulusse affirmer que Napoléon vous avait dirigé le 17
sur Namur.

Il m’a apporté une brochure publiée par M. votre fils, en 1819, dans laquelle vous dites, page
5 :

« En me prescrivant de poursuivre les Prussiens, 15 heures après leur retraite, c’était à Napoléon à me faire connaître la direction qu’ils avaient suivie : il ne l’a pas fait, il m’a laissé dans l’ignorance à cet égard. »

Ceci ne s’accorde pas avec le propos attribué au général Baudrand…………..

J’avoue que cela me met dans un grand embarras ; car comment Napoléon vous aurait-il dirigé sur Namur, si ne n’était pas vous dire que c’était là que les Prussiens avaient dirigé leur retraite…

Agréez, etc.
Général Jomini


P.S. N’y aurait-il pas moyen d’avoir une lettre claire et précise du général Baudrand.



Réponse de Grouchy à cette lettre de Jomini

( la confirmation de l’assertion du général Baudrand va suivre la réponse de Grouchy)

Ma réponse à cette lettre est aussi facile que péremptoire, la voici : l’assertion …que le Général Baudrand en présence de dix à douze témoins,…………….. , est trop formelle, pour qu’il soit permis d’élever l’ombre d’un doute sur sa véracité………..Je vais joindre aux pièces justificatives une déclaration confirmative de ce qu’a avancé le général Baudrand, relativement aux paroles que l’Empereur m’adressa le 17 juin, à une heure, lorsque je le quittai pour aller mettre à exécution les ordres qu’il venait de me donner de poursuivre les Prussiens vers Namur et Liège.

Je ferai d’ailleurs remarquer que la pensée de l’Empereur était si positivement arrêtée quant à la direction de retraite du maréchal Blücher, que non-seulement il l’avait fait annoncer à Joseph, à Paris, mais qu’il l’avait aussi fait écrire au maréchal Ney par le major-général dans une lettre où on lit cette phrase : « Le général Pajol est à la poursuite des Prussiens par les routes de Namur et Liège. » Tout concourt donc à prouver la complète exactitude de ce que me rappelait à Londres le général Baudrand. Mais l’Empereur ne tarda pas à être détrompé, puisque, peu d’heures après, il chargea le général Bertrand ( le major-général étant absent ) de me prévenir que les ennemis se retiraient par Gembloux, et qu’ainsi je devais me porter de ce côté et non vers Namur. [Grouchy devait désormais seulement s’assurer que la ville de Namur était évacuée ; il ne devait pas pour autant négliger de s’éclairer vers Namur et Liège et découvrir les intentions des Prussiens, donc leurs mouvements.]

Enfin il me reste encore à ajouter, que si j’eusse été à Paris, je n’eusse assurément pas laissé paraître la brochure relative aux événements de 1815, publiée par mon fils, car elle renferme quelques erreurs et l’omission de quelques faits importants tels que l’ordre qui me fut donné par l’Empereur de poursuivre les Prussiens dans la direction de Namur et de Liège.[Cette indication n’a pas besoin de la déclaration du général Baudrand qui n’est, pour moi, guère très explicite sur ce que devait faire Grouchy : il dit simplement que Grouchy devait entrer dans Namur, ce qu’il pouvait faire par un simple détachement, mais il ne parle nullement d’une poursuite vers Namur et Liège.].

C’est à mon insu que cet écrit fut répandu dans le public, et je le regrette d’autant plus que mon fils s’était engagé à ce que, lorsque je rentrerais en France, je ne publierais plus rien aux événements de 1815… mais… le comte Gérard n’a pas manqué de…m’accuser de déloyauté,…ayant faussé la promesse faite par mon fils sans que je l’y eusse autorisé.




Lettre du lieutenant-général BAUDRAND au Maréchal Grouchy

Au Maréchal Grouchy.
Paris, 16 décembre 1841.

Monsieur le Maréchal,

Je n’ai point oublié que me trouvant à Londres, il y a quelques années, chez l’ambassadeur de France, M. le prince de Talleyrand, je vous entretins de ce que j’ai vu et entendu le 17 juin 1815, vers le milieu de la journée, sur le lieu même où s’était livré le combat de la veille. Voici ces circonstances telles qu’elles sont encore présentes à ma mémoire.

Le 17 juin 1815, le lendemain de la bataille de Fleurus, Napoléon monta à cheval vers neuf heures du matin, et se dirigea sur Ligny ; au-delà de ce village, il mit pied à terre sur le terrain qui la veille était occupé par le centre de l’armée prussienne.

La plupart des personnes qui accompagnaient l’Empereur descendirent aussi de cheval ; j’étais de ce nombre et me trouvais avec trois personnes, qui malheureusement n’existent plus aujourd’hui ; les deux commandants en chef de l’artillerie et du génie, MM. Les généraux Ruty et Rogniat et leurs chefs d’état-major, le général Berge et moi.

Il arriva successivement auprès de l’Empereur plusieurs officiers généraux ou d’état-major, qui sans doute venaient faire des rapports de ce qui s’était passé pendant la nuit ou dans la matinée, et venaient demander des ordres ou des instructions.

Vous vîntes ensuite, monsieur le maréchal, et après quelques instants de conversation, comme vous vous sépariez de Napoléon, il vous dit à haute et intelligible voix, de manière à être facilement entendu à la distance de vingt ou trente pas où nous nous trouvions : « Monsieur le maréchal, vous allez prendre les 3e et 4e corps d’armée, une division du 6e, la cavalerie de… etc. et vous entrerez ce soir dans Namur. »; et quand vous fûtes à quelque distance, l’Empereur ajouta à haute et intelligible voix : « Je vous recommande, monsieur le maréchal, de m’amener beaucoup de prisonniers. »

Vous partîtes aussitôt ; l’Empereur remonta à cheval .

Après avoir parcouru le champ de bataille qui était couvert de morts et de blessés prussiens, en adressant à ces derniers des paroles de consolation, Napoléon ordonna que le quartier-général fût transféré de Fleurus à Marbais. Il se porta ensuite rapidement aux Quatre-Bras et prenant avec lui le très petit nombre de troupes qu’il avait sous la main, il se mit à poursuivre les Anglais qui se retiraient sur le Mont-Saint-Jean.

Tels sont les faits dont j’ai été témoin, et les paroles que j’ai entendues. Bien que ces temps soient déjà bien loin de nous, ces circonstances étaient trop remarquables, et j’ai eu trop souvent l’occasion de les rappeler à ma mémoire, pour qu’elles ne soient pas restées solidement gravées dans mes souvenirs.

Complètement désintéressé dans la discussion qui s’est établie sur ce point important de l’histoire contemporaine, mon témoignage n’a ici d’autre objet que d’attester la vérité.

Agréez, monsieur le maréchal, le respectueux dévouement de votre très humble et très obéissant serviteur,

Lieutenant-général BAUDRAND, pair de France.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:39

LETTRE DU COLONEL MARBOT ( en réponse d’une lettre du Maréchal Grouchy, Paris, le 15 mai, lui demandant, suite à la parution de la brochure de Gérard, à quelle heure il avait été envoyé par Napoléon, le 18 juin, pour effectuer une reconnaissance au pont de Moustiers :


Au Maréchal Grouchy,

Mon général,

J’ai reçu la lettre par laquelle vous exprimez le désir de connaître la marche des reconnaissances dirigées par moi sur la Dyle, le jour de la bataille de Waterloo.

Je m’empresse de répondre aux questions que vous m’adressez à ce sujet. Le 7e hussards, dont j’étais colonel, faisait partie de la division de cavalerie légère attachée au Ier corps formant, le 18 juin, la droite de l’armée que l’Empereur commandait en personne.

Au commencement de l’action, vers onze heures du matin, je fus détaché de la division avec mon régiment et un bataillon d’infanterie, placé sous mon commandement. Ces troupe furent mises en potence à l’extrême droite, derrière Frichermont faisant face à la Dyle.

Des instructions particulières me furent données de la part de l’Empereur par son aide de camp, le général Labédoyère, et un officier d’ordonnance dont je n’ai pu retenir le nom ; elles prescrivaient de laisser le gros de mes troupes toujours en vue du champ de bataille, de porter 200 fantassins dans le bois de Frichermont, un escadron à Lasne, poussant des postes jusqu’à Saint-Lambert ; un autre escadron, moitié à Couture, moitié à Beaumont, envoyant des reconnaissances jusque sur la Dyle, aux ponts de Moustiers et d’Ottignies. Les commandants de ces divers détachements devaient laisser de quart de lieue en quart de lieue de petits postes à cheval, formant une chaîne contiguë jusque sur le champ de bataille, afin que par le moyen de hussards, allant au galop d’un poste à l’autre, les officiers en reconnaissance pussent me prévenir rapidement de leur jonction avec l’avant-garde des troupes de M. le maréchal Grouchy, qui devaient arriver du côté de la Dyle. Il m’était enfin ordonné d’envoyer directement à l’Empereur les avis que me transmettraient ces reconnaissances.[Napoléon ne songeait pas à attirer Grouchy vers Waterloo et le tenait plutôt éloigné de ce champ de bataille en lui recommandant de se porter directement et rapidement sur Wavre ; tout au plus, Napoléon attendait-il que Grouchy se lie à lui de ce côté par des partis de cavalerie et envoie des reconnaissances de cavalerie pour explorer la région dans laquelle une colonne prussienne avait traversée ; en marche de Gembloux sur Sart-à-Walhain, peut-être sur Wavre ou vers Liège, Grouchy enverrait sans doute ses estafettes ou des partis sur Waterloo en passant la Dyle par les différents ponts situés sur la Dyle entre le sud de Wavre et le nord de Gembloux.]

Je fis exécuter l’ordre qui m’était donné, il me serait impossible, après un laps de 15 années, de fixer au juste, ainsi que vous le désirez, l’heure à laquelle le détachement dirigé sur Moustiers parvint sur ce point. D’autant plus que le capitaine Elon qui la commandait avait reçu de moi l’injonction de s’éclairer au loin et de marcher avec la plus grande circonspection. Mais en remarquant qu’il partit à onze heures du champ de bataille, et n’avait pas plus de deux lieues à parcourir, on doit présumer qu’il les fit en deux heures. Ce qui fixerait son arrivée à Moutiers à une heure après-midi.[c’est mettre un temps non négligeable pour parcourir une distance assez faible par une simple patrouille. Grouchy se trompe donc lorsqu’il dit avoir reçu l’ordre de Napoléon, daté de 10 heures, vers 12 H 30 à Sart-à-Walhain, soit seulement 2 heures 30 au plus à moins de supposer que l’estafette, porteur de cet ordre, ait suivi l’itinéraire assuré par la présence des forces de Marbot et ait ainsi traversé la Dyle pour se porter sur Sart-à-Walhain sans passer, comme le dit la plupart des historiens, par un long détour passant par les Quatre-Bras, Sombreffe et Gembloux alors qu’il savait des Prussiens peut-être encore sur sa droite mais dont les flanqueurs de Marbot ne lui signalait aucune présence.]

Un billet du capitaine Elon, que me transmirent promptement les postes intermédiaires, m’apprit qu’il n’avait trouvé aucune troupe à Moutiers, non plus qu’à Ottignies, et que les habitants assuraient que les Français laissés sur la rive droite de la Dyle, passaient la rivière à Limelette et Wavre.[On doit supposer qu’il devait donc être très tard puisque Marbot n’avait encore signalé aucune présence prussienne et qu’il croit Grouchy près de Wavre; il faut donc plutôt croire que cette reconnaissance s’est effectuée peu après que Marbot ait été détaché sur la droite et que les troupes signalées, ayant l’habit bleu comme les Français, étaient prussiennes.]

J’envoyai ce billet à l’Empereur par M. le capitaine Kounkn, faisant fonction d’adjudant major ; il revint accompagné d’un officier d’ordonnance, lequel me dit, de la part de l’Empereur, de laisser la ligne de poste établie sur Moutiers, et de prescrire à l’officier qui éclairait le défilé de Saint-Lambert, de le passer en poussant le plus loin possible divers partis dans les directions de Limale, Limelette et Wavre.[L’officier d’ordonnance était peut-être Zenowich qui, devant porter l’ordre daté de 10 heures, ne quittera Soult, revenu au Caillou, que vers 12 heures qui devait chercher à joindre Grouchy au plus vite pour l’inviter à se porter sur Wavre plutôt qu’à prendre la direction pouvant le porter vers Liège. Mais, dans ce cas, l’ordre que Grouchy dit avoir reçu, vers 12 H 30, ne peut donc être celui dicté par Napoléon à Soult un peu avant 10 heures, dont Zenowich était le porteur, à moins de supposer que Zenowich, qui passera par les Quatre-Bras, Sombreffe et Gembloux, ne portait en fait qu’un duplicata de l’ordre de 10 heures et que Soult avait cru plus prudent de joindre Grouchy par un itinéraire plus sûr que celui pris par son prédécesseur. Il est d’ailleurs troublant que le fils de Blücher ait affirmé, à postériori, que le messager porteur de cet ordre avait été fait prisonnier par une patrouille prussienne et que cet ordre ne serait donc ainsi jamais parvenu à Grouchy.].

Je transmis cet ordre, et envoyai même ma carte au chef du détachement de Lasne et Saint-Lambert (son nom n’est plus présent à ma mémoire, mais je crois que c’était le lieutenant Municheffer ).

Un de nos pelotons s’étant avancé à un quart de lieue au-delà de Saint-Lambert, rencontra un piquet de hussards prussiens, auquel il prit plusieurs hommes dont un officier ! Je prévins l’Empereur de cette étrange capture, et lui envoyai les prisonniers.

Informé par ceux-ci qu’ils étaient suivis par une grande partie de l’armée prussienne, je me portai avec un escadron de renfort sur Saint-Lambert. J’aperçus au-delà une forte colonne se dirigeant vers Saint-Lambert ; [Il doit s’agir de l’avant-garde de Bülow envoyé par Grolmann sur le bois de Frichermont, ou dit de Paris, suite à la reconnaissance effectuée par Lutzeow recommandant de marcher au plus vite avant qu’il ne soit inoccupé par des forces de toutes armes parce que, dans ce cas, il deviendrait très difficile à Bülow de se sortir des défilés y menant.] j’envoyai un officier à toute bride en prévenir l’Empereur, qui me fit répondre d’avancer hardiment, que cette troupe ne pouvait être que le corps du maréchal Grouchy, venant de Limale, et poussant devant lui quelques Prussiens égarés dont faisaient partie les prisonniers que j’avais faits.[Marbot, pouvant fervent défenseur de Napoléon, affirme donc que Napoléon ne croyait pas à l’arrivée de masses prussiennes de ce côté ; il faut donc en conclure que Napoléon, malgré la nouvelle inquiétante de Marbot, n’a pas cru que la bataille engagée contre Wellington serait étroitement liée à une coopération prochaine et puissante de tout ou partie de l’armée prussienne, que la menace était directe et le danger imminent.]

J’eus bientôt la certitude du contraire : la tête de la colonne approchait, quoique très lentement. Je rejetai deux fois dans le défilé les hussards et les lanciers qui la précédaient, et cherchai à gagner du temps en maintenant le plus possible les ennemis, qui ne pouvaient déboucher que très difficilement des chemins creux et bourbeux dans lesquels ils étaient engagés ; et lorsque enfin contraint par des forces supérieures, je battais en retraite, l’adjudant major auquel j’avais ordonné d’aller informer l’Empereur de l’arrivée positive des Prussiens devant Saint-Lambert, revint en me disant que l’Empereur prescrivait de prévenir de cet événement la tête de colonne du maréchal Grouchy, qui devait déboucher en ce moment des ponts de Moutiers et d’Ottignies, puisqu’elle ne venait pas par Limale et Limelette. [Napoléon a pu croire que Grouchy s’était peut-être rendu compte d’un mouvement des Prussiens qui venaient de Wavre et où Grouchy s’était peut-être porté et, s’il n’avait pu intercepter ce mouvement latéral, se rabattrait peut-être pour lui tomber dessus afin de combattre la menace la plus dangereuse et la plus directe pour l’armée principale ; peut-être avait-il marché au bruit du canon vers Waterloo; mais cela était une pure hypothèse car il pouvait aussi craindre que Grouchy, s’il n’avait pas encore reçu l’ordre de 10 heures ou n’avait pas décidé de se diriger vers Waterloo en direction du canon, ait pu tout aussi bien se porter dans la direction de Perwès et ne s’en éloigne ainsi. Napoléon pouvait bien regretter de n’avoir pas éclairé Grouchy plus tôt sur sa présence devant Waterloo, ce qui l’eût peut-être amené à se rapprocher de l’armée plutôt que de prendre le risque de l’en éloigner. Mais Napoléon restait confiant car il n’avait pas encore reçu le dernier rapport de Grouchy lui indiquant la concentration de plusieurs corps d’armée sur Wavre et croyait à un simple détachement d’un corps prussien égaré ou envoyé en observation vers Waterloo ou d’un faible secours envoyé soutenir Wellington.]. J’écrivis à cet effet au capitaine Elon ; mais celui-ci avait vainement attendu sans voir paraître aucune troupe, et entendant le canon vers Saint-Lambert, craignit d’être coupé, et se reployant successivement sur les petits postes, il rejoignit le gros du régiment, resté en vue du champ de bataille, à peu près au même instant que les escadrons qui revenaient de Saint-Lambert et Lasnes, poussés par l’ennemi.

Le combat terrible, que soutinrent alors derrière les bois de Frichermont les troupes que je combattais et celles qui vinent les appuyer, absorba trop mon esprit pour que je puisse spécifier exactement l’heure qu’il était en ce moment ; mais je pense qu’il pouvait être à peu près sept heures, et comme le capitaine Elon se reploya au trot, et ne dut pas mettre plus d’une heure à revenir, j’estime que ce sera vers six heures qu’il aura quitté le pont de Moutiers ! Il est donc bien surprenant qu’il n’y ait point vu M. votre aide de camp, à moins que celui-ci ne se soit trompé sur le nom du lieu où il aura abordé la Dyle.

Tel est, mon général, le précis du mouvement que fit le régiment que je commandais, pour éclairer, pendant la bataille de Waterloo, le flanc droit de l’armée française. Si je ne vous ai point parlé, c’est que j’ai cru que vous en étiez instruit ; car la marche et la direction de mes reconnaissances furent d’une si haute importance dans cette mémorable journée, qu’elles sont connues d’un très grand nombre d’officiers.

M. le maréchal Davout, alors ministre de la guerre, m‘ordonna même, à la fin de juin 1815, d’en relater les circonstances dans un rapport que j’eus l’honneur de lui adresser, et qui doit se trouver encore dans les cartons du bureau de la guerre.

Des faits que je viens de raconter est résulté pour moi la conviction que l’Empereur attendait sur le champ de bataille de Waterloo le corps du maréchal Grouchy.[Napoléon l’espérait et en fit part à Marbot qui devait rechercher ce contact.]

Mais sur quoi cet espoir était-il fondé ? C’est ce que j’ignore, et ne me permettrai pas de juger, me bornant à la narration de ce que j’ai vu.

Mon général, etc.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:41

Observations relatives à la lettre du général Marbot citée ci-dessus (faites par le maréchal Grouchy)

On voit d’après cette lettre, que le colonel Marbot a été envoyé le 18, à 11 heures du matin sur la droite de l’armée de l’Empereur, avec son régiment et un bataillon d’infanterie. Qu’il lui a été ordonné de rester toujours avec le gros de ce détachement en vue du champ de bataille, mais de porter 200 hommes d’infanterie dans le bois de Frichermont et un escadron à Lasnes, poussant des postes jusqu’à Saint-Lambert, et un autre escadron, moitié à Couture, moitié à Beaumont, envoyant des reconnaissances jusque sur la Dyle et aux ponts de Moustiers et d’Ottignies.

Si ces dispositions avaient été prises à la pointe du jour, elles eussent mis l’Empereur à même d’être instruit à temps utile des mouvements que faisaient les Prussiens sur le flanc de son armée.

Mais quel avantage y avait-il pour l’Empereur, de faire explorer la rive droite de la Dyle dans les environs de Moustier et d’Ottignies ? Avait-il donc oublié que ni moi ni les Prussiens ne se trouvaient de ce côté, attendu qu’il m’avait enjoint dans la lettre qu’il m’avait fait écrire par le général Bertrand dès le 17, dans la soirée, de marcher sur Wavre et d’y arriver le plus tôt possible, ou en d’autres termes par le chemin le plus court, c’est-à-dire en passant par Sart-à-Walhain, et non par le pont de Moustiers, ce qui allongeait la route de plus d’un tiers.[Grouchy se trompe ici de date ; il veut parler du 18 et non du 17 juin car rien n’indiquait à Grouchy de se porter sur Wavre dans la soirée du 17 juin alors qu’il était sur Gembloux, mais biens seulement le 18 comme les ordres de Napoléon indiquent formellement cette intention. Sinon, il accrédite, comme il le fait cependant ci-dessous dans la suite de cette déclaration, qu’il aurait reçu l’ordre formel de marcher sur Wavre pour se rapprocher de Napoléon et l’avoir plus directement en couverture en flanc si Napoléon pensait livrer bataille contre Wellington devant Waterloo, pour se couvrir contre un retour offensif des forces prussiennes sur ce point, à défaut de reprendre le contact avec l’armée prussienne et peut-être en retraite dans une autre direction, mais qui, signalées comme se dirigeant sur ce point, pourraient aussi bien se porter se porter sur Bruxelles pour joindre Wellington si ce dernier parvenait encore à s’échapper pour gagner Bruxelles ; il était sans doute plus utile pour Napoléon d’avoir Grouchy au plus près de lui pour l’avoir à disposition sur Waterloo ou sur Bruxelles au besoin pour ne pas laisser le champ libre aux Prussiens signalés sur Wavre pour venir au secours de Wellington. Sans accréditer la thèse d’un ordre que Napoléon aurait envoyé à Grouchy, dans la nuit du 17 au 18, pour effectuer un détachement sur Saint-Lambert, ou d’un appui possible de Grouchy, il ne faut pas oublier que Grouchy, cependant indécis, fera tout pour se porter sur Wavre, qu’il ne pouvait espérer gagner Wavre à temps pour empêcher tout ou partie de l’armée prussienne de se porter sur Waterloo, que les dépêches envoyées à Napoléon et les instructions de Grouchy à ses lieutenants témoignent qu’il ignorait où se trouvait Napoléon et qu’il n’avait pas reçu l’ordre de se porter sur Wavre dès le 17 juin, et même le 18 au matin.]

Enfin j’avais, le 18, de très grand-matin, et au moment où je quittais Gembloux, transmis à l’Empereur tous les renseignements qui m’autorisaient à croire que le maréchal Blücher concentrait son armée à Wavre. Je me déterminai donc à marcher par Sart-à-Walhain sur Wavre. Comment l’Empereur a-t-il envoyé une reconnaissance à Moutiers ?

Quoiqu’il en soit, voulant être parfaitement renseigné sur les forces que Blücher avait sur la rive gauche de la Dyle, j’avais envoyé à la pointe du jour, le 18, mon aide de camp Pont-Bellanger, avec une partie de mon escorte, ( à défaut de cavalerie disponible ou fraîche ) au pont de Moutiers, et je lui avais enjoint de passer la Dyle, d’en explorer les rives, de s’assurer si quelques troupes prussiennes y avaient passé, ou s’y trouvaient encore, et de venir aussitôt que possible, me faire rapport de ce qu’il aurait appris à Sart-à-Walhain où je me rendrais.

Ce serait injure à la mémoire de mon aide de camp Pont-Bellanger, officier distingué, et qui partageait toute ma confiance, de ne pas mentionner qu’il s’est religieusement acquitté de la mission qui lui avait été donnée. Il affirma qu’il n’avait été vu ni Prussiens ni Français dans toute la contrée qu’il avait été chargé d’explorer.

Le colonel Marbot n’ayant détaché qu’un petit nombre de hussards, qui n’ont pu guère atteindre les rives de la Dyle et le pont de Moutiers que vers les trois heures après-midi, il est tout simple qu’il n’y ait rencontré aucunes de mes troupes qui n’avaient fait qu’y passer dès les premières heures de la matinée, et probablement aussi les habitants auront fui à l’approche des hussards de Marbot.

Ces observations étaient d’autant plus nécessaires, qu’au nombre des reproches qui m’ont été faits, quelques-uns de mes détracteurs m’ont reproché d’avoir négligé presque tous les moyens propres à me faire découvrir les mouvements des Prussiens, et d’avoir été aussi négligeant à les faire savoir à l’Empereur.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:42

REPROCHES ( de Grouchy ) QUE JE ME CROIS DEVOIR FAIRE AU GENERAL GERARD A L’OCCASION DE SA CONDUITE LES 17 ET 18 JUIN 1815 :

Le 17 juin, je me rendis avec l’Empereur sur le champ de bataille de Ligny où nous passâmes la matinée à attendre des renseignements qui lui firent connaître la position de l’armée Anglo-Belge et les résultats des mouvements et des attaques qu’il avait prescrit au maréchal Ney de faire le 15 au soir et le 16 dans la matinée. Ces rapports et ces renseignements étant enfin arrivés, il me donna l’ordre de me mettre avec un corps de 28 à 29.000 hommes à la poursuivre de l’armée prussienne. Il la croyait alors en retraite sur la Meuse, et me prescrivait en conséquence de me diriger de ce côté.

Je me rendis à Ligny où était bivouaquée la majeure partie du 4e corps et ordonnai au général Gérard de se porter de suite au Point-du-Jour, maison isolée sur la toute de Namur, et j’ajoutai qu’il m’y trouverait déjà rendu quand il y arriverait. Voyant son peu d’empressement à exécuter ce mouvement, je lui fis sentir combien il était urgent que nous nous missions en marche le plus tôt possible, l’armée prussienne ayant commencé son mouvement de retraite depuis la veille au soir, vers dix heures, et ayant en ce moment quinze heures de marche en avance sur les troupes avec lesquelles il me la faisait poursuivre.

Quelque pressantes que fussent ces considérations et mes ordres, ils ne purent vaincre la morosité du général Gérard, et il ne quitta Ligny que quelques heures après les avoir reçus.

Quels étaient les motifs de son peu d’empressement à agir ? Pouvait-il lui sembler pénible de se trouver sous les ordres d’un maréchal, qui était depuis longtemps son lieutenant-général, alors qu’il n’était que lieutenant d’infanterie ? Ou bien croyait-il avoir à se plaindre de ce que les talents et la brillante valeur qu’il avait déployés à Ligny ne l’auraient pas fait revêtir de la dignité de maréchal, mais ce n’était pas un motif pour que le bien du service en souffrit.

En arrivant à la maison que je lui avais indiquée, comme point de ralliement de mes troupes, et où je ne le trouvai point, je reçus du général Pajol, qui avait été dirigé sur la route de Namur, un rapport par lequel il m’informait que ce n’était plus vers Liège que se dirigeaient les Prussiens, mais qu’ils s’étaient portés vers Gembloux et Sart-à-Walhain. Je me rendis en toute hâte à Gembloux à la tête de quelque cavalerie légère, et m’y fis suivre par le général Vandamme, qui, quoique parti de Saint-Amand, village éloigné de plus d’une lieue du Point-du-Jour de Gembloux, que Ligny, fut rendu presque aussitôt que moi dans cette petite ville. A l’inexplicable lenteur que mit le général Gérard, à s’ébranler de ses bivouacs, il joignit le tort de souffrir que ses troupes marchassent fort décousues, et avec si peu d’ordre, qu’elles n’étaient pas même arrivées en totalité à Gembloux à onze heures du soir : de sorte qu’elles mirent cinq à six heures à parcourir la distance de Ligny à Gembloux, qui n’était que de deux lieues.

Le général Gérard essayé d’atténuer le tort de sa tardive arrivée à Gembloux, en la rejetant sur le violent orage qui éclata dans la soirée du 17, et qui avait tellement défoncé les chemins, qu’il n’avait pu avancer que lentement, excuse inadmissible, car ces obstacles n’avaient pas arrêté la marche du général Vandamme.

18 juin

Le 18 juin, j’ai eu à reprocher au général Gérard d’être parti plus tard de Gembloux que j e ne lui avais prescrit, de n’avoir point marché à la tête de son corps, et de l’avoir quitté pour se rendre de sa personne à Sart-à-Walhain ; de sorte que son mouvement s’exécuta avec non moins d’ensemble que de lenteur. ( Une déclaration du général Baltus commandant l’artillerie du général Gérard et qui est insérée dans la quatrième série de mes pièces justificatives, constate ces faits).

Le même désordre eut lieu dans la marche du 4e corps de Sart-à-Walhain à Wavre ; et une de ses brigades était sur les hauteurs de Wavre, quand le reste n’était encore qu’à moitié chemin de Sart-à-Walhain à cette ville. Il en résulta que lorsque je reçus de l’Empereur, l’ordre de me porter par Saint-Lambert vers Mont Saint-Jean, je ne pus l’exécuter de suite, n’ayant aucunes troupes disponibles sous la main, toutes celles du général Vandamme étant aux prises avec les Prussiens.

Dans l’espoir d’exécuter plus promptement les ordres de l’Empereur, je me portai au-devant de ce 4e corps, déterminé par la considération qu’à quelque point que je le joignisse sur la route de Sart-à-Walhain à Wavre, j’y serais moins loin de Saint-Lambert, que si je le laissais arriver jusqu’ à Wavre.

Qu’il me soit permis ici de faire remarquer que les événements n’ont que trop justifié la crainte que j’eus en quittant l’Empereur qu’il n’eût à se repentir de m’avoir éloigné de lui. De sorte que, dès je fus informé que le corps du général Pajol et la division Teste qui marchait avec lui, avaient perdu les traces des colonnes prussiennes qu’ils poursuivaient depuis la veille, j’ordonnai au général Pajol de se porter rapidement par Limale vers Mont Saint-Jean, et de se lier avec l’armée de l’Empereur. Ce mouvement fut exécuté avec vigueur , le général Pajol força le passage de la Dyle à Limale, et marcha du côté du Mont Saint-Jean.

Pourquoi les partis qu’il avait ordre de pousser jusqu’à l’Empereur ne l’ont-ils pas joint ? C’est ce que je ne sais pas.

Ne trouvant point le 4e corps rendu à la Baraque où, comme je viens de le dire, je m’étais porté dans l’espoir de marcher de là vers Mont Saint-Jean, je retournai à Wavre, espérant que le général Vandamme serait enfin parvenu à franchir la Dyle ; mais avant de m’éloigner de la Baraque, j’y laissai un de mes officiers d’ordonnance , avec l’ordre de transmettre au 4e corps celui de marcher par Limale vers Mont Saint-Jean.

Il a été allégué depuis que cet ordre n’avait pu être exécuté faute de guides, attendu qu ‘on n’avait pas pu s’en procurer à la Baraque, les habitants avaient quitté leurs maisons à l’approche des Français. Mais une telle défaite ne met point à couverts la responsabilité de -l’état-major du 4e corps ; car à Sart-à-Walhain, les habitants étaient dans leurs maisons, et ils eussent pu y trouver des guides.

Etant retourné à Wavre de ma personne, et voyant que le général Vandamme n’avait pu parvenir à passer la Dyle, et avait infructueusement essayé d’emporter le moulin de Bielge, je crus en devoir renouveler l’attaque par la brigade du 4e corps qui était en position sur la hauteur qui la domine . Cette nouvelle attaque n’eut pas plus de succès qu la première, et croyant remarquer quelque hésitation de la part des troupes, je me précipitai à bas de mon cheval, afin de me mettre à leur tête, espérant que ma présence leur donnerait plus d’élan.

Malheureusement les obstacles qui avaient fait échouer l’attaque de ce moulin étaient invincibles : il est environné de larges et profonds fossés remplis de vase, ses approches étaient soumises au feu de la nombreuse artillerie qu’ils avaient sur la rive gauche de la Dyle.

Dans une de mes premières publications, je me suis plaint d’un peu de mollesse dans l’attaque du moulin de Bielge par nos troupes ; mais c’était à tort. La responsabilité de l’insuccès ne saurait peser sur les soldats, mais sur leurs chefs, qui avaient commis l’inexcusable faute de ne point suffisamment reconnaître les abords de ce moulin.

Aux torts militaires que je viens d’indiquer, j’ai à joindre ceux que, comme subordonné, le général Gérard s’est donné envers moi, lorsqu’une canonnade s’étant fait entendre du côté de Mont Saint-Jean, il m’avait conseillé de m’y porter avec mon corps d’armée, ou de l’y laisser marcher avec le 4e corps seul. J e repoussai l’un et l’autre de ce conseil par divers motifs : la distance où avait lieu la canonnade était trop grande pour que mes troupes pussent y être rendues assez tôt pour pouvoir prendre part à la bataille qui avait lieu, les distances et l’état des chemins ne le permettaient pas.

D’un autre côté, je ne pouvais enfreindre les ordres positifs et plus d’une fois réitérés par l’Empereur, qui m’enjoignaient d’attaquer l’arrière-garde de l’armée prussienne, dès que je l’aurais jointe. Mon avant-garde venait de l’atteindre, je devais donc la culbuter, la poursuivre et ne plus la perdre de vue.

Enfin, c’eût été une grande faute de faire faire au 4 e corps un mouvement aussi dangereux que celui de suite duquel il aurait eu à marcher pendant six lieues environ par des chemins fangeux et étroits, et en pressant le flanc à un ennemi triple de forces, et sans que je pusse le soutenir, en étant séparé par une rivière inguéable à cette époque.

Il me semble d’ailleurs qu’il n’est qu’un seul cas, où il oit loisible à un général subordonné de modifier les dispositions prescrites par son général en chef : c’est lorsque des circonstances que ce général en chef ignore et n’a pu prévoir, sont survenus depuis qu’il a donné ses ordres.
Mais en était-il ainsi ? Non assurément. J’avais prévenu l’Empereur dans la nuit du 17 au 18 juin et dès la pointe du jour le 18, que je me portais de Gembloux sur Sart-à-Walhain et de là sur Wavre, où tous les rapports et tous les renseignements qui me parvenaient, annonçaient que le maréchal Blücher concentrait son armée.

Enfin pouvais-je être étonné de la canonnade qui avait lieu à 6 ou 7 lieues sur la gauche de Sart-à-Walhain ? Non assurément encore. Car en me détachant à la poursuite des Prussiens, le 17, Napoléon m’avait prévenu qu’il se portait aux Quatre-Bras pour attaquer l’arrière-garde de l’armée anglaise, si elle avait pris position de ce côté-ci de la forêt de Soignes, et livrer bataille, au duc de Wellington s’il se déterminait à en courir les chances. Ainsi, puisque l’Empereur m’éloignait de lui, au moment où il prenait la détermination de combattre, il était évident qu’il ne croyait nullement avoir besoin de ma coopération pour prendre part à une affaire générale.

Aucuns des mouvements des troupes sous mes ordres ne pouvaient être ignorés de l’Empereur. Je les lui avais fait connaître dans plusieurs dépêches du 17 et du 18 juin qui étaient parvenues. Ils avaient reçu son assentiment formel ; il était clairement exprimé dans la lettre datée de la ferme du Caillou, 10 heures du matin, dans laquelle est cette phrase : « Vos mouvements et dispositions sont conformes aux instructions qui vous ont été communiquées, et il me prévenait en outre qu’il allait faite attaquer l’armée anglaise, et me renouvelait l’injonction de me porter sur Wavre, et d’y arriver le plus tôt possible.

Quel était l’objet de l’Empereur en pressant ma marche sur Wavre ? Bien évidemment y retenir l’armée prussienne, et l’empêcher d’effectuer sa jonction avec l’armée anglaise ou d’envoyer quelques-uns de ses corps à son secours. Mais n’était-ce pas se faire illusion d’espérer que mes 29 ou 30.000 hommes paralyseraient les mouvements de l’armée de Blücher qui était de plus de cent mille combattants, et l’empêcheraient d’en détacher une partie ?

D’ailleurs, presque toutes les chances qui eussent fait atteindre ce but si important, étaient anéanties par la perte de la matinée du 17 juin, perte qui ainsi que je déjà eu l’occasion de le faire remarquer n’est point imputable à l’Empereur, qui pendant la nuit du 16 au 17 et pendant la matinée du 17, n’ayant reçu aucuns rapports quant aux mouvements de l’aile gauche commandée par le maréchal Ney, ignorant les résultats des attaques qu’il lui avait ordonné de faire dès le 16, et incertain des positions dans lesquelles était cette aile, ne pouvait prendre aucune détermination quant à ses opérations ultérieures.

Quelles causes ont pu empêcher l’Empereur d’être informé en temps opportun de ce qui s’était passé du côté du maréchal Ney ? L’avenir finira par les faire connaître.

Toutefois in existait encore une chance de succès, et c’était de combatte l’armée anglaise, avant que les secours que lui envoyait le maréchal Blücher eussent pu la joindre, et si l’Empereur eût attaqué le duc de Wellington à la pointe du jour, au lieu de ne le faire qu’à 11 heures et demie du matin, l’armée anglaise eût pu être battue et rejetée de l’autre côté de la forêt de Soignes, longtemps avant que les corps détachés vers elle par le maréchal Blücher eussent été en mesure de tomber sur le flanc droit de l’armée française et de lui arracher la victoire. Car ces corps partis de Wavre, à 3 heures du matin, avaient marché dix heures de suite, avant d’arriver en vue de l’aile droite de l’armée anglaise.

On a assigné plusieurs causes à la tardive attaque de l’armée anglaise le 18 ; presque toutes sont inadmissibles. Deux seules sont plausibles. L’état des terres, détrempées par l’orage de la nuit du 17 au 18, dans lesquelles on ne pouvait manœuvrer sans de grandes difficultés, et qu’il fallait sécher, et l’exiguÏté de nos munitions de guerre qui ne pouvaient suffire qu’à un combat de quelques heures. Plus tard, je fera apprécier la valeur de ces considérations, plus captieuses que réelles. Quoiqu’il en soit, la tardive attaque de l’armée anglo-belge doit être placée au nombre des causes de la perte de la bataille de Waterloo.

Il m’est pénible, sans doute, d’avoir à ajouter aux torts militaires du général Gérard, torts qui ne sont pas sans quelque gravité, ceux qu’il s’est donnés envers moi ; mais je ne dois pas les taire.

Etait-il, en effet, loisible à un de mes subordonnés, au moment où, en exécution des ordres de l’Empereur qui m’enjoignaient d’attaquer les Prussiens et de ne jamais les perdre de vue, et où je faisais les dispositions nécessaires pour culbuter l’arrière-garde du maréchal Blücher qui, ayant pris position sur la route de Wavre, me barrait le chemin de cette ville, était-il loisible, dis-je, au général Gérard de m’obséder de conseils dont je lui avais fait sentir l’inadmissibilité. Il le faisait en des termes non moins inconvenants que déplacés, puisque c’était à haute voix qu’il me les donnait, de manière à être entendu par nombre d’officiers dont il ne pouvait manquer d‘ébranler la confiance, et les porter à cet esprit de critique qui, dans des circonstances telles que celles dans lesquelles nous nous trouvions, a toujours des inconvénients.

Je n’insisterai pas davantage sur ces faits, persuadé comme je le suis qu’ils pèsent lourdement sur le noble cœur du général Gérard.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:42

FAUTES COMMISES PAR LE GENERAL VANDAMME


15 JUIN :

Par suite de l’organisation de la nouvelle donnée à l ‘armée par l’Empereur le 15 juin, le corps
du général Vandamme faisait partie de l’aile droite de l’armée, et il arriva plus tard à
Charleroi, le 15, qu’on ne l’y attendait. Toutefois il serait injuste d’inculper le général
Vandamme à ce sujet, car il paraît constant que l’ordre du mouvement qu’il devait faire le 15,
ne lui était pas parvenu en temps utile, lui ayant été envoyé au cantonnement qu’il avait
occupé dans la nuit du 13 au 14, etc.

Après avoir passé la Sambre à Charleroi, je me trouvais en face du corps de Ziethen, fort de
15 à 20.000 hommes, qui était en bataille sur la route de cette ville à Fleurus et près du village
de Gilly. J’en fis prévenir l’Empereur qui vint le reconnaître, et m’ordonna de l’attaquer dès
que j’aurais été rejoint par le 3e corps. En effet, n’ayant avec moi que de la cavalerie légère et
des dragons, je ne pouvais chasser les Prussiens de la position qu’ils occupaient avant
l’arrivée du général Vandamme. Dès que celui-ci parut, et sans attendre mes ordres, il prit sur
lui d’attaquer les Prussiens, et cette attaque isolée fut repoussée. Je la fis renouveler par le
général Vandamme et l’appuyai en tournant le flanc gauche des Prussiens à la tête du corps de
cavalerie du général Exelmans. Mais l’attaque intempestive de Vandamme causa la vie à
nombre de soldats, et notamment au général de la garde Delort.

Le général Vandamme ne tarda pas à en commettre une seconde d’une nature plus grave, et
qui eût de fâcheux résultats.

Ayant mené battant le général Ziethen depuis le village de Gilly jusqu’à Fleurus, où il s’était
rallié à divers corps prussiens qui, dans le cours de la journée, s’y étaient rendus des
cantonnements qu’ils occupaient près de cette ville, et ne pouvant les chasser de Fleurus avec
ma seule cavalerie, j’envoyai ordre au général Vandamme qui, au lieu de suivre mon
mouvement, avait fait prendre position à ses troupes à la lisière des bois qui couronnent les
hauteurs de Fleurus, d’en descendre, et de venir en toute hâte me seconder dans l’attaque de
Fleurus. Il importait d’en chasser les Prussiens, l’Empereur m’ayant ordonné non seulement
d’occuper Fleurus, mais même Sombreffe, et de pousser des avant-postes sur toutes les routes
de Namur et de Gembloux . Le général Vandamme se refusa positivement d’obéir à mes
ordres de sorte que ceux que m’avait donnés l’Empereur ne purent être exécutés.

S’ils l’avaient été, il est plus que probable que les dispositions qu’adopta l’Empereur le 16,
eussent été fort différentes, et que l’armée prussienne eût été rejetée vers Namur, et que
conséquemment sa jonction avec l’armée anglo-belge n’eût pu avoir lieu.

On voit déjà les funestes résultats de la désobéissance du général Vandamme à mes ordres. Il
est permis de croire que les reproches immérités que lui adresse l’Empereur à l’occasion de la
tardive arrivée de son corps à Charleroi, l’avaient indigné au dernier point. Employé
longtemps à l’armée de la Sambre et Meuse et du Rhin, il avait plus d’une fois donné de
cruels embarras à Jourdan et à Moreau, mais ses talents militaires et sa brillante valeur les lui
avaient fait pardonner.

Les fautes du général Vandamme se renouvellent durant la matinée du 18. Vers onze heures et
Demie, je fis attaquer l’arrière-garde de l’armée prussienne, qui avait pris position à une
demi-lieue de Sart-à-Walhain, et après qu’elle eût été culbutée, je la quittai momentanément
pour faire moi-même une rapide et courte reconnaissance à une demi-lieue sur sa gauche, à
l’extrémité du bois de Valembron, afin d’apprécier, d’après son intensité, si la canonnade qui
avait lieu vers Mont Saint-Jean était le résultat d’un engagement d’arrière-garde ou d’une
affaire générale. Avant de m’éloigner, je fis dire au général Vandamme, par son aide de camp
Bella, de ne poursuivre les Prussiens que jusque sur les hauteurs de Wavre, de les en chasser
s’ils essayaient d’y tenir, et d’y prendre position. Mais je lui fis plus spécialement
recommander de ne point s’enfoncer dans les faubourgs de Wavre, et d’attendre sur les
hauteurs que l’eusse rejoint.

Cet ordre fut encore méconnu par le général Vandamme, de sorte que quand je le rejoignis,
je trouvai le 3e corps enfourné dans le faubourg de Wavre, où il souffrait beaucoup du feu des
nombreuses batteries des Prussiens, placées à plusieurs étages sur la rive gauche de la Dyle, et
de la fusillade qui partait des maisons crénelées que l’infanterie prussienne occupait sur les
bords de cette rivière.

Cette faute fut en partie cause des embarras que j’eus pour forcer le passage de la Dyle. Je les
Aurais probablement vaincus si j’eusse pu mettre à exécution le plan d’attaque que je me
proposais de faire, mais que je ne pouvais définitivement arrêter, avant d’avoir reconnu le
terrain et apprécié par moi-même les obstacles naturels à vaincre et les difficultés apportées
au passage de la rivière par les ennemis ; les ponts sur la Dyle entre le faubourg et la ville
n’ayant pu être emportés. Le général Vandamme fit attaquer le moulin de Bielge, que les
Prussiens occupaient sur la rive gauche et ne put s’en rendre maître.

L’insuccès de l’attaque du moulin de Bielge ne paraît pas devoir être imputé au général
Vandamme ; il fut le résultat de la négligence des officiers du génie et de l’état-major, qui
furent chargés d’explorer les abords et qui le firent d’une manière incomplète ; car il était trop
homme d’expérience et du métier, pour faire attaquer une position sans l’avoir parfaitement
fait reconnaître.

Mais ces officiers n’apprécièrent probablement pas toute l’importance de la possession de ce
Moulin, qui eût assuré au 3e corps la possibilité du passage de la Dyle, et ils firent preuve dans
Cette circonstance d’une funeste impéritie.

Encore un des torts graves du général Vandamme fut celui-ci. Après un combat long et
Acharné, j’étais parvenu à forcer le passage de la Dyle à Limale et à débusquer les Prussiens
Des hauteurs qu’ils occupaient sur la rive gauche de la Dyle, où ils avaient repris position. M’
Attendant à être attaqué le lendemain, j’écrivis à onze heures et demie du soir au général
Vandamme de se mettre de suite en mouvement, attendu qu’il était probable que les Prussiens
Essaieraient dès que le jour paraitraît de me rejeter de l’autre côté de la Dyle. J’ajoutais que,
d’ailleurs, je me proposais moi-même de prendre l’offensive, afin de repousser au loin les
Prussiens, et de me rapprocher de l’Empereur, ainsi qu’il m’en avait été donné l’ordre par une
dépêche en date du champ de bataille de Waterloo, le 18, à 4 heures de l’après-midi, dépêche
dont j’ai déjà eu occasion de parler.

Mes prévisions se réalisèrent, les Prussiens fondirent sur moi le 19, à 3 heures du matin, et
Après un combat sanglant et acharné, je les enfonçai, et j’étais en pleine marche vers
Bruxelles, lorsque la nouvelle du désastre de Waterloo me fut apportée par un officier d’état-
Major-général. J’abandonnai la poursuite des Prussiens et préparai mon mouvement de
Retraite.

La journée du 19 juin donna encore lieu à une faute de la part du général Vandamme. On
Appréciera sa gravité, en apprenant qu’elle pouvait être funeste au 4e corps, et de le forcer à
mettre bas les armes.

Instruit du grand désastre de Waterloo, sans que l’officier d’état-major général qui me l’apprît
pût me dire sur quel point se retirait l’Empereur, et sans que le major-général eût fait
connaître dans quelle direction il convenait que je me portasse, je divisai mon corps en deux
colonnes ; celle de gauche formée, du 3e corps, eut ordre de se reployer par Wavre, de
marcher jusqu’à la nuit, de prendre position à une lieue ou une lieue et demie de Namur, où
je lui adresserais des ordres de mouvement pour le 20. Je le prévins en outre que je me retirais
avec le 4e corps que je commandais depuis que la blessure du général Gérard l’avait forcé à le
quitter, sur Gembloux où j’espérais arriver à la chute du jour. Enfin je lui enjoignis de ne
point quitter la position qu’il aurait occupée dans la nuit du 19 au 20, sans de nouveaux
ordres de ma part. Je lui recommandai aussi spécialement de m’informer s’il avait été
poursuivi par l’ennemi, et de m’instruire de ce qu’il aurait pu apprendre quant à ces
mouvements.

Le général Vandamme ne tint pas état de mes ordres. Au lieu de demeurer à la tête de son
corps le 19, il le quitta pour se rendre, de sa personne, à Namur, abandonnant ainsi sa troupe
, dans le moment où il était le plus nécessaire de ne pas la quitter ; il ne m’envoya à
Gembloux aucuns rapports pendant la nuit du 19 au 20, ne m’envoya aucun de ses officiers
Pour m’informer de l’état des choses de son côté, et j’étais livré à de pénibles incertitudes,
Quand j’appris par un de mes officiers que j’envoyais à Namur, et qui vint me rejoindre à
Temploux, qu’un corps considérable de Prussiens me coupaient la route de cette dernière ville
où il n’avait pu se rendre.

Je me déterminai à marcher à l’instant, grâce à la bravoure et au dévouement dont donna dans cette circonstance critique la brave cavalerie commandée par le général Valin. Je me portai alors en toute hâte vers Namur, où une forte canonnade se faisait entendre.

Le 3e corps vivement attaqué par les Prussiens, sans chefs, sans ordres, et ne sachant ce qu’il devait faire, effectuait sa retraite vers Namur ; et fort pressé par les Prussiens, il éprouvait des pertes et les Prussiens s’en seraient rendus maîtres, si ma prompte arrivée ne les eût arrêtés. A mon arrivée, le 3e corps s’arrêta dans son mouvement rétrograde, contint l’ennemi et donna au 4e corps le temps d’arriver.

Comment expliquer, comment justifier la conduite du général Vandamme qui, dans des circonstances difficiles, ayant abandonné le 19 au soir son corps d’armée, était venu se reposer de ses fatigues à Namur, et pourquoi ?

Je ne veux me livrer à aucune investigation à cet égard. Les antécédents du général Vandamme n’induisent que trop à présumer de quelle nature étaient ces motifs.

La pénible tâche que des attaques imméritées de quelques subordonnés m’ont forcé de m’imposer, est enfin arrivée à son terme, et je me plais à reconnaître que depuis jusqu’au moment où je remis le commandement de l’Armée du Nord entre les mains du maréchal Davoust, ministre de la guerre et commandant toutes les troupes réunies (après l’abdication de Napoléon ) sous les murs de Paris, je n’ai eu qu’à me louer du général Vandamme et de celle de tous les officiers généraux et particuliers qui, fidèles à l’honneur et à la patrie, n’abandonnent point leurs postes.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:44

PREMIERE DECLARATION DU GENERAL LE SENECAL qui a été envoyé au maréchal Grouchy, aux Etats-Unis, en 1818

Je, soussigné, déclare que le 17 juin 1815, vers une heure de l’après-midi, M. le maréchal Grouchy ayant reçu l’ordre de poursuivre les Prussiens, transmit immédiatement aux généraux Gérard et Vandamme l’injonction de faire prendre les armes à leurs troupes ; qu’il se porta de sa personne au quartier-général du général Gérard dans une des maisons du village de Ligny, pour presser les mouvements de son corps ; que plusieurs heures s’écoulèrent avant qu’il fût en mesure de s’ébranler, et qu’impatient de sa lenteur, le maréchal Grouchy rejoignit la tête de la colonne du général Vandamme, qu’il avait dirigée sur Gembloux où il la devança, à l’effet d’avoir des renseignements, tant des habitants que du général Exelmans qui était dans cette ville.

Il est à ma connaissance que les dernières troupes du général Gérard n’y arrivèrent avant onze heures ou minuit.

J’atteste avoir transmis au général Gérard l’ordre de se remettre en marche le 18 de très bonne heure, de suivre le mouvement du général Vandamme et d’avoir quitté Gembloux avant six heures.

Je certifie que depuis son départ de Ligny, le 17 juin jusqu’au 19 au matin, temps durant lequel j’ai constamment été avec M. le maréchal Grouchy, il ne lui est parvenu aucune autre dépêche ou ordre de la part de Napoléon que deux lettres, l’une datée de la ferme de Caillou, le 18 à dix heures du matin, l’autre du champ de bataille de Waterloo, le 18 à une heure de l’après-midi ; cette dernière lui fut remise assez tard dans la soirée du 18 : on se battait alors devant Wavre et sur les bords de la Dyle . Après avoir lu cette lettre, M. le maréchal Grouchy, accompagné du général Gérard, retourna à la Baraque, au-devant de la partie du corps du général Gérard qui était en arrière, afin de la diriger sur Saint-Lambert ; mouvement qui ne put avoir lieu faute de guides, les généraux commandant les troupes n’en ayant point avec eux et n’en pouvant trouver à la Baraque qui n’est qu’une maison isolée.

En foi de quoi et comme un hommage à la vérité, j’ai signé ce présent.

Pour copie conforme :

Le maréchal de camp Le Sénécal
Chef à l’état-major de la cavalerie de l’armée en 1815.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:45

SECONDE DECLARATION DE LE SENECAL

Du Chef d’état-major de l’aile droite
Le général Le Sénécal

Campagne de Waterloo

Le 14 juin, les premières paroles adressées au maréchal Grouchy par l’Empereur, lorsqu’il arrivait de Paris à Laon, furent pour lui demander si la cavalerie était réunie à la frontière. Sur sa réponse négative qu’elle ne l’était point, n’ayant pas reçu l’ordre à cet égard, Napoléon témoigna son étonnement que le major-général ne lui eût pas encore adressé. Toutefois, ce retard fut réparé par les marches forcées de la cavalerie qui arriva à temps, mais extrêmement fatiguée.

Le 15 juin, de bonne heure, le maréchal Grouchy traversa Charleroi, suivi d’une partie de la cavalerie légère du général Pajol. Nous n’étions pas à un petit quart de lieue de cette ville que nous découvrîmes le corps prussien du général Ziethen en bataille de l’autre côté d’un vallon assez profond, où coule un ruisseau et que couronnent les hauteurs qui le dominent. Le maréchal fit prévenir l4empereur qui, après avoir examiné avec lui la position de l’ennemi, lui donna l’ordre de la faire attaquer aussitôt que les dragons du général Exelmans qui étaient encore en arrière seraient arrivés. Cette attaque eut lieu dès qu’ils l’eurent joint. Les Prussiens furent culbutés et poursuivis à travers les bois jusque près de Fleurus, où ils prirent position. Ne pouvant, avec sa seule cavalerie, les en chasser, le maréchal envoya au général Vandamme, qui était arrivé avec son corps à la lisière des hauteurs boisées qui dominent Fleurus, l’ordre de se porter en hâte vers cette ville, afin de profiter du peu de jour qui restait pour attaquer de concert avec lui les Prussiens, les chasser de Fleurus, et compléter leur déroute.

Le général Vandamme s’y refusa et le maréchal envoya un de ses officiers à l’Empereur por l’en prévenir et s’en plaindre.

L’Empereur, qui était resté à Charleroi, répondit que les ordres les plus précis seraient donnés aux généraux commandant les corps d’infanterie, afin qu’ils ne pussent se soustraire à l’exécution des ordres du maréchal.

Le 16 juin, vers les dix heures du soir, l’Empereur envoya un de ses officiers au maréchal Grouchy, pour lui dire de venir le joindre à Fleurus, où il se rendait.

Le maréchal lui fit répondre qu’il ne pouvait encore quitter ses troupes, que les Prussiens effectuaient leur retraite lentement et en bon ordre ; qu’ils recevaient de moment en moment des troupes qui leur venaient de Saint-Amand, et que quand il les serrait de près, ils faisaient halte et paraissaient disposés à prendre l’offensive, afin de ne pas se laisser couper de leur aile droite.

Espérant y parvenir, le maréchal les fit charger par la cavalerie du général Vallin, et cette attaque eut pour résultat désiré, celui d’accélérer leur retraite.

Vous vous rendîtes alors près de l’Empereur qu’on vous dit être malade te couché, et que vous ne pûtes voir.

Le 17 juin, avant le jour, le maréchal envoya des officiers aux différents corps de cavalerie, ordonnant à leurs commandants de pousser des reconnaissances dans diverses directions pour avoir des nouvelles de l’ennemi. Le même ordre fut donné au général Pajol et en outre celui de le poursuivre avec sa cavalerie légère. Un e division d’infanterie reçut injonction de joindre le général Pajol.

Après l’expédition de ces ordres et au point du jour, le maréchal se rendit chez l’ Empereur et attendit sans pouvoir lui parler jusque près de huit heures : alors l’Empereur lui fit dire qu’il allait monter à cheval pour visiter le champ de bataille de la veille et qu’il l’y suivrait. J’ y accompagnai le maréchal.

Vers midi et demi ou une heure, l’Empereur ordonna au maréchal de se mettre à la poursuite des Prussiens, de tâcher de les joindre et de les attaquer.

Le maréchal me fit part des ordres verbaux qu’il venait de recevoir, et rien ne permettait de présumer que l’intention de l’Empereur fût que le maréchal se plaçât entre les Prussiens et lui, et débordât leur flanc droit. Le maréchal me confia même ses regrets de ce que ses observations et dans le doute si la retraite du général prussien s’effectuait ou non sur la Meuse, l’Empereur ne se fût pas décidé à le faire marcher sur le flanc de son armée à portée de s’interposer au besoin entre Blücher et elle. On était généralement persuadé que les Prussiens se retiraient sur la Meuse vers Namur et Maëstricht, et les Anglais sur Bruxelles. L’Empereur le croyait lui-même, puisque le major-général l’écrivit au ministre de la guerre.

Aussitôt après avoir reçu l’ordre de l’Empereur, le maréchal se rendit près du général Gérard à Ligny, pour lui donner lui-même l’ordre de se mettre en marche. A son retour, je l’entendis se plaindre d’avoir éprouvé de la difficulté à se faire obéir. Les troupes du général Vandamme étaient déjà en marche dans les directions qui leur avaient été désignées, lorsqu’un violent orage accompagné d’une pluie abondante éclata et se prolongea fort dans la nuit, ce qui empêcha les troupes du général Vandamme aussi loin qu’elles en avaient l’ordre ,et détermina ce général à leur faire prendre position à peu de distance au-delà de Gembloux, à environ une demi-lieue. Les troupes du général Gérard commencèrent à arriver par parcelles peu avant la nuit, et n’étaient pas encore réunies à onze heures du soir à Gembloux. La direction de ce deux corps leur fit alors donnée, de manière à ce que le général Vandamme fût en marche le lendemain 18, à la pointe du jour, et le général Gérard à six heures du matin, se portant l’un et l’autre sur Sart-à-Walhain.

Le 18, avant le jour, en quittant Gembloux, le maréchal envoya un officier, avec quelques hommes de son escorte, faire une reconnaissance sur la gauche et notamment vers le pont de Moustiers, afin de s’assurer si les colonnes prussiennes y avaient passé. Son rapport fut que les ennemis s’étaient dirigés vers Wavre, qu’aucune de leurs troupes n’occupaient le pont ni les bords de la Dyle.

Avant le lever du soleil, le maréchal avec tou son état-major était à cheval, se dirigeant sur Sart-à-Walhain, et nous avons trouvé les troupes du général Vandamme déjà à une lieue et demie de Gembloux.

Ni dans la nuit du 17 au 18, ni dans les premières heures de la matinée du 18, aucun avis verbal ou écrit d’aucun général ou chef de corps, n’ont pu faire présumer que des colonnes prussiennes se portassent de Wavre vers Waterloo ; la confiance du maréchal et mes fonctions près de lui me le garantissent ; dans cet intervalle, le maréchal n’a reçu que deux dépêches du général Exelmans. La dernière transmise verbalement par un aide de camp au moment où le maréchal allait quitter Sart-à-Walhain, portait simplement : que son général avait en vue une arrière-garde prussienne avec du canon. Le maréchal fit attaquer à l’instant cette arrière-garde au bois de Limelette, dont on le débusqua facilement, et elle fut repoussée jusqu’à Wavre. Tous les avis et informations portaient et faisaient croire qu’une partie de l’armée prussienne était concentrée à Wavre et que le reste se dirigeait sur Louvain. Ces rapports unanimes firent hâter le mouvement du maréchal vers Wavre.

Quand nous quittâmes Sart-à-Walhain, une seule des divisions du général Gérard y était arrivée. Le canon s’étant fait entendre sur notre gauche, tandis que nous étions à Sart-à-Walhain, nous crûmes tous que c’était celui d’une affaire d’arrière-garde seulement. Après l’information ci-dessus de l’aide de camp du général Exelmans, l’attaque et la retraite des Prussiens qui en résulta, le maréchal se rendit à l’extrémité du bois de Limelette pu accompagné :plus rapproché alors de la canonnade, il revint convaincu que c’était celle d’une affaire générale. Lorsque nous fumes nous-mêmes en mouvement, la continuation de la canonnade et notre rapprochement nous firent partager à tous cette opinion. Un instant avant, vers midi et demi et au moment de l’attaque de l’arrière-garde prussienne, au bois de Limelette, une dépêche du major-général enjoignit au maréchal de se porter promptement sur Wavre. Il se félicita alors hautement de ne pas avoir suivi l’avis qui lui avait été donné, de marcher sur la canonnade, chose contraire à ses ordres et qui lui eût fait perdre la possibilité d’exécuter celui qu’il recevait alors.

Pendant notre trajet de Sart-à-Walhain à Wavre, le général Pajol rendit compte au maréchal, qu’il ne trouvait plus de traces des colonnes prussiennes dans la direction dans laquelle il avait été envoyé : le maréchal lui ordonna aussitôt de se porter par Limale du côté de la canonnade qui continuait sur notre gauche, de se mettre en communication avec les troupes qui se battaient sur la lisière de la forêt de Soignes, et de se lier avec elles autant que la distance le permettrait.

Le général Pajol a exécuté cet ordre et passé par Limelette. Quand les Prussiens qui étaient à Wavre, aperçurent son mouvement, plusieurs de leurs corps se détachèrent pour s’opposer à sa marche, et empêcher le passage d’autres troupes françaises à Limale. Ces troupes prussiennes se portant vers Limale sont les seules que dans tout le cours de cette journée nous ayons aperçues marchant dans cette direction : à aucune époque de la journée nous n’avons découvert le feu ou la fumée de Waterloo.

Lorsque nous fûmes sur les hauteurs de Wavre et tandis que le maréchal reconnaissait la position de l’ennemi, le général Vandamme, à deux heures après-midi environ, enfourna ses troupes dans la partie de Wavre située sur la rive droite de la Dyle, et commença l’attaque sans connaître les dispositions ni attendre les ordres du maréchal. Cette attaque compromettait les troupes si elles ne forçaient pas le passage, puisqu’elles ne pourraient alors se retirer que sous le feu de toutes les batteries ennemies.

Pendant l’attaque de Wavre et de quatre heures et demie à cinq heures, le maréchal reçut et me montra une dépêche du major-général. Cette dépêche écrite en caractères très fins et presuqe illisible, nous donna beaucoup de peine pour la déchiffrer : elle portait l’ordre précis au maréchal de se porter sur Saint-Lambert, et nous crûmes lire que la bataille était gagnée sur la ligne de Waterloo. Le maréchal questionna beaucoup l’officier porteur de cette dépêche, mais il était tellement ivre qu’on ne pût tirer aucun éclaircissement.

Ne pouvant disposer des troupes du général Vandamme aux prises avec l’ennemi, pour les porter sur Saint-Lambert, eu une partie de celles du général Gérard étant en arrière, le maréchal alla avec ce général à la rencontre de ces dernières jusqu’à la Baraque, pour les empêcher d’arriver jusqu’à Wavre et les conduire lui-même de la Baraque sur Saint-Lambert.

Après les avoir longtemps et inutilement attendues à la Baraque, l ;e maréchal revint à Wavre, laissant l’ordre de diriger à leur passage les troupes attendues directement sur Saint-Lambert, et espérant retrouver la ville emportée et les troupes du général Vandamme disponibles pour marcher dans la même direction.

De retour devant Wâvres, le maréchal, mécontent du mode d’attaque du moulin de Bierges, descendit de cheval pour en diriger lui-même une nouvelle, ce fut dans ce moment que le général Gérard fut blessé. Ce ne fut que dans la nuit, de dix à onze heures, que les troupes du général Gérard arrivèrent à Wavre, n’ayant pu, dit-on, alors gagner Saint-Lambert ni arriver plus tôt faute de guides, et ayant par ce motif consumé toute la journée en marches obliques. La nuit était tellement noire, que le 57e régiment de ligne faisant partie de ce dernier corps échangea quelques décharges avec un régiment français que l’obscurité lui fit prendre pour l’ennemi et qu’il y eut plusieurs hommes de tués.

Immédiatement après la blessure du général Gérard, le maréchal prit lui-même le commandement de toutes ses troupes, les dirigea de Wavre sur Limale, où il resta avec elles jusqu’à onze heures du soir, occupé à leur faire gravir le défilé de l’autre côté et à les mettre en bataille, persuadé qu’il serait attaqué à la pointe du jour, ce qui eut lieu en effet.

Dans la nuit du 17 juin et dans toute la journée du 18, le maréchal n’a reçu que deux dépêches du major-général, ou ordonnances quelconques portant des ordres ou instructions de l’Empereur. La première ce ces dépêches était celle qui arriva le 18 à midi et demi, au moment de l’attaque de l’arrière-garde prussienne ; elle ordonnait le mouvement sur Wavre. La seconde était celle qui arriva pendant l’attaque inconsidérée de Wavre, à quatre heures et demie, et ordonnait le mouvement sur Saint-Lambert. Ma position me met à portée de pouvoir affirmer ce fait de la manière la plus précise.

Le 19 juin au soir, le général Vandamme quitta son corps d’armée et alla coucher à Namur ; il arriva de là le lendemain matin, le maréchal attendit vainement pour se mettre en mouvement que ce général lui rendit compte, suivant l’ordre qu’il en avait reçu, de l’heure à laquelle il se replierait sur Namur. Après avoir longtemps attendu ce rapport, le maréchal quitta Tembloux plus tard qu’il ne voulait le faire ; conduisit lui-même le 4e corps coupé par les Prussiens, auxquels ce retard avait fourni les moyens de s’interposer entre le 3e et le 4e corps. Il fallut les attaquer et forcer le passage, pour rejoindre le 3e corps et entrer dans Namur. Le général Vandamme était dans Namur, tandis que ses troupes étaient aux prises avec l’ennemi, et le maréchal a eu à faire seul toutes les dispositions qui ont tiré le 3e corps, et le 4e corps, de cette position difficile, et assuré le succès de la retraite. Le maréchal envoya chercher le général Vandamme dans Namur et se montra indigné qu’il eût quitté ses troupes.

Bayeux, le 2 juin 1830.

Signé LE SENECAL,
Maréchal de camp.

En repassant ce mémoire, j’ai lu au dernier paragraphe que, le 18 au soir, le général Vandamme quitta son corps d’armée et alla coucher à Namur. C’est ce que je ne puis attester, mais bien que nous ne le vîmes pas dans la retraite du 19 sur cette ville, ni avec son corps, quand nous le ralliâmes le 19.

Signé LE SENECAL.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:45

Déclaration du Lieutenant-colonel DE LA FRESNAYE
Employé en qualité d’officier d’ordonnance près le maréchal Grouchy, en 1815.

Caen, 17 décembre 1829.

Monsieur le Maréchal,

J’ai l’honneur de répondre à la lettre que vous venez d’écrire, et je m’empresse de rapporter les faits qui ont été à ma connaissance pendant les 17 et 18 juin 1815, relativement au corps d’armée que vous commandiez à cette époque.

Je fus le 16 avec mon régiment à la bataille de Fleurus, le lendemain vous m’appelâtes près de vous ; je vous rejoignis vers une heure et vous trouvai sur le champ de bataille de la veille, causant avec Napoléon. J’ignore les ordres que vous reçûtes de lui ; je sais seulement qu’il vous donna le commandement des corps d’infanterie des généraux Gérard et Vandamme et de la cavalerie des généraux Pajol et Exelmans, pour aller à la poursuite des Prussiens. Aussitôt que vous eûtes quitté Napoléon, vous transmîtes ces ordres à ces généraux.

Il fallait se mettre en marche de suite. Voyant que l’infanterie mettait de la lenteur à s’ébranler, vous vous rendîtes avec votre état-major à Gembloux où vous couchâtes le 17; vous en repartîtes le lendemain 18, avant le lever du soleil, vous dirigeant sur Sart-à-Walhain, où la cavalerie avait eu ordre de se diriger dès la veille au soir.

J’ignore ceux que vous donnâtes aux généraux Gérard et Vandamme, mais je sais que le 18, nous rejoignâmes la tête de la colonne du général Vandamme à une lieue de Gembloux. Arrivé à Sart-à-Walhain, un officier décoré vient près de vous et vous dit que des colonnes prussiennes s’étaient portées sur Wâvres, bien qu’il pensait que Blücher réunissait son armée vers Louvain : vous écrivîtes alors à Napoléon, et ce fut moi que vous chargeâtes de porter vos dépêches et de rapporter ses ordres. Je partis sur-le-champ et au moment de mon départ, une canonnade qui n’avait pas l’air d’un engagement général se fit entendre. Je me dirigeai au bruit du canon, et après avoir marché deux grandes lieues et demie au trot et au galop, je trouvai Napoléon sur le champ de bataille de Waterloo ; je lui remis la dépêche que vous m’aviez confiée; il la lut, me demande le point où vous vous trouviez et le dit de rester près de lui. J’y demeurai jusqu’au soir ; aucuns ordres ne m’ont été donnés à vous rapporter, et il n’est pas à ma connaissance que d’autres officiers vous aient été expédiés.

Voilà, mon général, les faits tels que je me les rappelle et tels qu’ils ont réellement existé.

Recevez, mon général, l’expression du respect avec lequel j’ai l’honneur d’être,

Votre très-humble et très obéissant serviteur,

Le lieutenant-colonel DE LAFRESNAYE.



Déclaration de M. Dulmas de St Léon,

Officier supérieur d’état-major.

Paris, le 1er septembre 1840.

Monsieur le Maréchal,

J’ai sous les yeux les fragments historiques de la campagne de 1815, établis pour prouver les calomnies dont vous avez été l’objet. J’aurais voulu les connaître avant qu’ils fussent imprimés, car témoin oculaire, j’aurais été fier et très honoré d’être l’officier porteur des ordres au général Vandamme : « L’ennemi occupait la forêt de Villers-Côterets, et c’est à cinq heures du matin que je reçus de vous la mission de traverser la forêt où les Prussiens étaient établis, de rejoindre le général Vandamme, qui devait y entrer avec son corps d’armée et je devais le quitter que quand il serait sur la route de Laferté. Vous attachiez une si grande importance à cet ordre, monsieur le maréchal, qu’en présence de tout l’état-major réuni, vous me promîtes le grade de chef d’escadron, si je réussissais ; » M. le général d’Hincourt qui commande à Verdun, était à côté de vous et m’a rappelé cette circonstance l’année dernière. J’ai réussi, monsieur le maréchal, en arrivant moi quatrième de l’escorte du 12e chasseurs à cheval que vous m’aviez donnée, et vous m’avez tenu parole, car c’est sur votre rapport que la commission du gouvernement me nomma en 1815 chef d’escadron.

Je suis tout à vos ordres, monsieur le maréchal, si jamais vous avez besoin de ce témoignage.

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, M. le maréchal,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

DULNAS-DE –St-LEON,
Officier supérieur au corps royal d’état-major.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:46

REPONSE DU MARECHAL GROUCHY
A la lettre de M. Dulnas de St-Léon

Au château de la Ferrière du Val, par Aunau-sur-Odon, département du Calvados, le 9 septembre 1815 (sans doute cette date est due à une erreur d’impression).

C’est avec une réelle satisfaction que j’ai reçu, Monsieur, votre lettre, et vous me rendez un service que j’apprécie, en entrant dans quelques détails sur la mission dont je vous chargeai près du général Vandamme le 28 juin 1815. Vous me mettez par là à même de repousser d’une manière plus complète que je n’avais pu le faire, les incriminations dirigées contre moi par le général Berthezène, à l’occasion de l’abandon dans lequel j’aurais laissé une partie de l’armée sous mes ordres, lorsqu’elle se trouvait dans une position difficile.

Il appartenait à un officier d’honneur tel que vous, Monsieur, de s’indigner des outrages prodigués à son ancien chef et de le venger d’odieuses calomnies, en rendant un courageux et éclatant témoignage à la vérité. Ce loyal procédé vous assure à jamais mes vives sympathies et une gratitude dont je serais heureux de pouvoir vous donner des preuves.

Agréez l’assurance de mes sentiments les plus distingués,

Signé le maréchal marquis DE GROUCHY.

P.S. – Ainsi que je m’y crois autorisé par votre lettre, je vais la joindre aux pièces justificatives que je fais imprimer.



DECLARATION du Lieutenant-colonel d’artillerie Thouvenin

Monsieur le maréchal Marquis de Grouchy ayant su que je m’étais trouvé rapproché de sa personne dans la journée du 18 juin 1815, m’a fait demander une déclaration de ce qui s’est passé à ma connaissance.

Après avoir bien rassemblé mes souvenirs, voici ce que je peux rapporter, en m’interdisant de rien dire dont je ne sois parfaitement sûr.

J’étais comme capitaine au deuxième régiment d’artillerie, attaché à l’état-major de l’artillerie du 4e corps, que commandait M. le général Baltus.

Le 18, nous arrivâmes, vers 11 heures du matin, à Sart-à-Walhain, ayant laissé derrière nous, entre Sart-à-Walain, ayant laissé derrière nous, entre Sart-à-Walain et Gembloux les troupes en marche du 4e corps. On mit pied à terre près d’une grande maison isolée, et vers 11 heures et demie je me trouvais avec plusieurs e mes camarades dans le jardin de cette maison, quand on commença à entendre sur la gauche une canonnade assez vive. A en juger par le bruit en mettant l’oreille à terre, la distance nous semblait être d’environ quatre à cinq lieues.

Quand nous voulûmes entrer dans les appartements, un aide-de-camp nous dit que cela ne se pouvait, parce que le maréchal était réuni en conseil avec plusieurs généraux. Quelques minutes après, on monta à cheval précipitamment et nous suivîmes le maréchal, au galop, dans la direction de Wâvres. Nous ne pouvions que faire des conjectures sur le but de ce mouvement rapide, et l’opinion était qu’on allait joindre l’armée de l’Empereur. Bientôt le canon se fit entendre de plus en plus, soit qu’il se rapprochât, soit par l’effet d’un plus grand nombre de pièces mises en action ; on vit bien alors que c’était un engagement sérieux, une véritable bataille, et l’émotion nous faisait exprimer le regret qu’on ne marchait pas directement sur le canon. M. le général Baltus nous dit, avec une sorte d’humeur, que dans l’état où se trouvait le terrain détrempé par la forte pluie de la veille, il était impossible d’aller à travers champs, et que notre artillerie ne s’en retirerait pas, voulant dire, je suppose, qu’il faudrait beaucoup de temps.

Nous ne suivîmes pas constamment M. le maréchal jusqu’à Wâvres, et lorsque nous arrivâmes, vers cinq heures, les troupes du 3e corps étaient, déjà depuis quelque temps et sans succès, engagées dans l’attaque du pont de Wâvres. Ces troupes occupaient la portion de la ville qui est sur la rive droite de la Dyle : on nous dit que le pont était coupé. L’artillerie prussienne occupait sur la rive gauche des positions qui dominaient un peu les nôtres, mais à une assez forte distance ( 12 à 1600 mètres ).

Vers dix heures, je fus envoyé pour reconnaître la rivière au-dessus du moulin occupé par l’ennemi. Autant que je m’en souviens, sa largeur était d’environ 9 mètres, ses rives parallèles peu élevées lui donnaient l’apparence d’un canal bourbeux. J’y poussai mon cheval, j’eus de l’eau jusqu’à la ceinture. ( Le capitaine Pellisier et ses voltigeurs m’aidèrent à en retirer mon cheval ). Je fis mon rapport au général Baltus et je ne rvis plus M. le maréchal qui s’était porté, disait-on, à gauche, du côté de Waterloo.

C’est à ce jeu de faits insignifiants que se borne ce que j’ai su ou vu dans cette fatale journée.

Lafère, le 21 Mai 1840.

Le lieutenant-colonel d’artillerie, L. Thouvenin.


DECLARATION DU BARON VOLAND,

Intendant-militaire en retraite,

Adressée au Maréchal Grouchy par M. Laville, son neveu,
Membre du Conseil-Général du Haut-Rhin, qui avait longtemps servi près du maréchal Grouchy.

Monsieur le Maréchal,

Permettez-moi au renouvellement de cette année, de venir vous offrir les vœux bien sincères et bien vifs que je ne cesse de former pour votre longue conservation dans une parfaire santé, et l’accomplissement de tous vos désirs, et que tout le bonheur que je vous souhaite s’étende à toute votre famille.

Je vins de nouveau vous remercier de l’admission de ma fille à Saint-Denis. Sans vous, M. le maréchal, elle n’y fût jamais entrée. Je n’oublierai de ma vie tout ce que vous avez fait pour moi, j’en conserverai une éternelle et bien vive reconnaissance, et ne cesserai de retracer à ma fille vos bienfaits.

J’ai reçu avec infiniment de plaisir l’éclatante réparation que vient de vous fiare le général Berthezène ; elle est pleine et entière ; j’en ai versé des larmes de plaisir, et je l’ai fait voir à toutes mes connaissances, et mon oncle M. le baron Voland, intendant militaire, qui se trouve chez moi, l’a vue avec beaucoup d’intérêt. A cette occasion, il m’a rapporté une conversation qu’il avait eue avant 1830, avec le maréchal Gérard, avec lequel il était très-lié avant cette époque, car depuis le maréchal a un peu oublié ses anciens amis. A l’occasion de Waterloo et de vous, mon oncle lui demandait, qu’auriez-vous fait, Gérard, si vous aviez été chargé du commandement supérieur ? Auriez-vous, sans ordres contraires, changé la mission qui vous était confiée par ordres précis ? Il a répondu qu’il ne l’aurait pas osé. Hé bien donc, lui a répliqué mon oncle, pourquoi vouloir inculper M. le maréchal Grouchy ? La faute en est à Soult, qui n’a pas su employer les moyens nécessaires pour faire prévenir à temps le lieutenant de l’Empereur. Enfin, M. le maréchal, il faut espérer que dans l’année qui va commencer, aux calomnies succédera l’éclat de la vérité et les justes réparations à tant d’infamies et d’atrocités. Vous en avez en moi dans notre pays, M. le maréchal, un chaud et ardent défenseur.

Si je n’étais pas si éloigné de vous, en bonne saison j’aurais été vous servir d’aide-de-camp, pour forcer un cerf, comme vous avez eu la bonté de me le dire dans une précédente lettre, et j’aurais eu plaisir à voir votre belle meute, car je suis amateur.

Veuillez recevoir, M. le maréchal, l’expression de l’éternel attachement avec lequel je suis,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

DE LAVILLE.
Mayenhecin (Haut-Rhin), le 31 décembre 1840.
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MessageSujet: REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Lun 24 Sep 2007 - 10:47

LETTRE DE M. A. de NEUFRELLE-BAVENT,
A M. LE MARECHAL DE GROUCHY,

En réponse à celle par laquelle il lui demandait quelques éclaircissements sur une conversation de M. LETOURNEUR de Caen, relative à la campagne de 1815.

Monsieur le Maréchal,

J’ai vu M. Letourneur qui eut l’honneur de vous écrire dernièrement, je l’ai engagé à faire de nouvelles recherches, ce qu’il a fait avec empressement.

M. Letourneur m’a prié de vous faire savoir qu’il n’a trouvé aucune date pour le fait qui vous intéresse. Il est possible, m’a-t-il dit, qu’il l’ait connu, mais aujourd’hui ses souvenirs sont tout à fait vagues à ce sujet.

M. Letourneur vous remercie, M. le maréchal, d’avoir bien voulu lui faire l’honneur de lui adresser le fragment historique relatif à la campagne de 1815.

Je vous prie de bien vouloir bien accepter tous les regrets que j’éprouve de ne pouvoir vous être utile en cette circonstance, et recevoir l’assurance du plus profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, etc., etc.

Signé A. DE NEUFRELLE-BAVENT.




DECLARATION DE M. LETOURNEUR,
Habitant de Caen.

Lettre de M. Letourneur, habitant de Caen
Contenant

La déclaration que des ordres de l’Empereur, adressés au Maréchal de Grouchy, et tracés au crayon, ont été remis au Maréchal Blücher par l’officier qui en était porteur, soit qu’il ait été fait prisonnier en les portant, soit qu’il ait déserté à l’ennemi.

Monsieur le Maréchal,

En lisant dans les journaux la réclamation que vous avez publiée contre une assertion de M. le général Berthezène, j’ai cru devoir, dans l’intérêt et l’honneur de Notre Normandie, dans le vôtre aussi, M. le Maréchal, vous faire connaître une circonstance qui ne sera peut-être pas sans avoir quelque portée dans la discussion soulevée par le général Berthezène.

Il s’agit du grand fait historique de Waterloo, qui a tant divisé l’opinion depuis 1815, et auquel votre non se rattache avec une célébrité que les partis n’ont pas toujours suffisamment respectés.

Voici donc ce qui est arrivé à ma connaissance, par le plus pur hasard.

En 1815, pendant le séjour des troupes prussiennes, à Caen, sous les ordres du maréchal Blücher, l’administration municipale envoya chez moi par billet de logement, un neveu du vieux général, du nom de Lanken ; il était sous-officier de cavalerie dans les hussards, je crois, et pouvait être âgé de 20 à 22 ans.

Un fils du maréchal, attaché à l’état-major de son père, venait fort souvent visiter son parent, en compagnie d’un autre officier nommé Vousseaux, jeune homme également fort bien élevé, paraissant, comme les deux autres, avoir reçu une éducation distinguée…..Ces messieurs parlaient parfaitement le français, les deux derniers, surtout, infiniment mieux que le jeune Lanken.

Un jour, je les avais invités à prendre le punch, et nous nous entretenions des événements qui avaient amené en France l’armée prussienne, et particulièrement des désastres de la journée de Waterloo : le fils du vieux maréchal me dit ces propres paroles que je transcrivis le soir même sur un album :

« La perte de la bataille de Waterloo est généralement attribuée à ce que M. le maréchal Grouchy n’aurait pas exécuté les ordres de l’Empereur…..C’est une Grande erreur ! et voilà ce qui s’est passé sous mes yeux, au quartier-général du maréchal Blücher : Un officier d’état-major du quartier-général impérial a été amené au maréchal Blücher…..Avait-il été pris, avait-il trahi ? c’est ce que j’ignore ; mais toujours est-il qu’il était porteur d’un ordre, écrit au crayon, adressé au maréchal Grouchy, portant que le maréchal devait marcher sur le point où se trouvait l’Empereur et laisser six mille hommes en face de l’armée prussienne, pour masquer son mouvement et la tenir en échec pendant qu’il l’opérerait. Que le maréchal Blücher, muni de ce document, avait fait exactement la même manœuvre…..Voilà pourquoi l’Empereur ne cessait de répéter, en apercevant au loin un corps d’armée venant du côté où il attendait M. le maréchal Grouchy : c’est Grouchy ! c’est Grouchy ! ».

Il est permis de penser que l’on rencontrerait à Berlin quelques membres de la famille du vieux maréchal Blücher, qui indiqueraient facilement où l’on retrouverait aujourd’hui MM. Blücher, de Voseaux et Lanken.

Si cette lettre, M. le maréchal, peut avoir le moindre intérêt pour vous, veuillez en faire tel usage qu’il vous plaira.

En vous l’adressant, je n’ai en vue que de rendre hommage à la vérité, et mon seul but est d’empêcher qu’une opinion toute personnelle, ou une erreur longtemps reproduite, ne se perpétue, surtout après la lutte qui va s’engager devant la France attentive.

Veuillez bien agréer, etc., etc.

Signé Ch.Letourneur.



DECLARATION DE M. LE GOUEST, officier de hussards,
Et officier d’ordonnance de M. le maréchal Grouchy, en 1815.

Paris, le 20 Mars 1841.

Monsieur le Maréchal,

Je m’empresse de répondre à l’appel que vous faites à mes souvenirs, et de vous adresser les renseignements et les déclarations qui me mettent à même de fournir les fonctions d’officier d’ordonnance que j’ai remplies près de vous en 1815.

Il est à ma connaissance que les troupes du 4e corps d’infanterie, commandées par le général Gérard, n’étaient pas rendues en totalité à Gembloux le 17 juin, à onze heures du soir, et qu’extrêmement mécontent de leur inexplicable lenteur à arriver, vous envoyâtes plusieurs de vos officiers pour vous informer des causes de leur retard, qui vous paraissait incompréhensible, puisque, vers les deux heures après-midi, vous même aviez, à Ligny, donné l’ordre à son chef de se rendre à Gembloux, qui ‘en est qu’à deux lieues.

J’atteste que le 18 juin, à la petite pointe du jour, vous envoyâtes un de vos aides de camp, M.Pontbellanger, avec une partie de votre escorte (attendu qu’il n’y avait pas d’autre cavalerie à Gembloux), au pont de Moutier et sur la rive gauche de la Dyle, pour y recueillir les renseignements qu’il lui serait possible de se procurer relativement aux directions qu’avaient suivies les Prussiens pendant la nuit du 17 au 18 juin, pour savoir si quelques-unes de leurs colonnes y avaient passé, et enfin vers quels points elles se seraient portées. Pontbellanger vous rejoignit sur le chemin de Gembloux à Sart-à-Walhain, vous rendit compte de sa mission, et il nous a souvent parlé depuis l’importance que vous mettiez à ce qu’elle fût promptement et soigneusement remplie.

Il ne m’est pas possible de préciser l’heure à laquelle vous quittâtes Gembloux le 18 juin ; mais je sais bien que c’était de fort bonne heure, et que ce ne fut qu’à une lieue ou une lieue et demie de cette ville que vous atteignîtes la tête du 3e corps, commandé par le général Vandamme, auquel vous aviez donné la veille l’ordre de se mettre en mouvement de grand matin le 18, ce qu’il avait fait.

Je me rappelle en outre que, pendant que votre escorte se rassemblait près de votre logement à Gembloux, j’ai entendu plusieurs hussards dire : « Le maréchal Grouchy est parti en avant avec son état-major, pour nous préparer de la besogne ; çà chauffera aujourd’hui ».

J’étais avec votre escorte, sur les hauteurs de Wâvres, quand vous mîtes pied à terre, pour diriger vous-même l’attaque du moulin de Bielge ; mais le général Gérard, qui était aussi descendu de cheval pour vous suivre, fut blessé près de vous et reporté sur la hauteur, je n’étais pas assez près pour entendre ce qu’il put vous dire ; je sais seulement qu’il fut rapporté dans le régiment et par vos officiers, que c’était pour vous engager à moins vous exposer et à vous ménager pour la patrie.

Lorsque vous quittâtes Wâvres, pour vous porter avec une des divisions du 4e corps sur Limale, pour y passer le Dyle, je vous accompagnai et fus témoin des efforts qu’on eut à faire pour emporter les hauteurs qui dominent le village de Limale, hauteurs qu’occupaient en force les Prussiens.

Vous mîtes pied à terre, vous et vos officiers, pour encourager le soldat, et nous aidâmes même à faire arriver jusqu’au sommet quelques pièces de canon, ce que rendait fort difficile la rapidité de la montée et le feu plongeant des Prussiens. Les hauteurs furent enfin emportées et couronnées par vos troupes ; mais l’ennemi reprit position à une demi-portée de canon, et vous jugeâtes la situation du 4e corps si critique, que vous vous déterminâtes à ne pas vous en éloigner pendant la nuit, et à bivouaquer dans l’un de ses carrés. Cependant vous le quittâtes quelques instants pour aller dicter dans une des maisons de Limale un ordre pour le général Vandamme et envoyer une reconnaissance dans la direction de Saint-Lambert, où vous aviez prescrit au général Pajol, le matin, vers midi, de se porter avec sa cavalerie légère et une division d’infanterie, mais dont vous n’aviez reçu aucunes nouvelles, si ne n’est les propos de quelques paysans de Limale, qui disaient que des troupes françaises, infanterie et cavalerie, avaient chassé, il y avait quelques heures, les Prussiens de Limale, passé la Dyle et marché sur Saint-Lambert ; mais ils ajoutaient que d’autres Prussiens étaient venus occuper le village (1).

Le 19 juin, à peine le jour commençait-il à paraître, que les Prussiens attaquèrent ; mais ils furent repoussés et chassés de positions en positions, et poursuivis dans la direction de Bruxelles pendant plus de deux lieues.

Vers les dix heures, un officier, qu’on dit avoir été envoyé par le major-général, vous instruisit de la perte de la bataille de Waterloo. Vous fîtes alors appeler les généraux qui se trouvaient à portée ; vous les instruisîtes de ce fatal événement et leur communiquâtes les lettres et ordres de l’Empereur qui, au moment où il faisait attaquer l’armée anglaise, à dix heures et demie du matin, vous prescrivit de la manière la plus explicite de marcher sur Wâvres. Vous donnâtes ensuite à ces officiers-généraux les ordres nécessaires pour effectuer la retraite, et dirigeâtes le 3e corps vers Namur, et vous vous portâtes avec le 4e corps à Temploux, d’où vous vous proposiez de partir qu’après avoir eu des nouvelles, le 20 au matin, du général Vandamme, auquel vous aviez enjoint de prendre position à une lieue ou une lieue et demie de Namur. Le 20 au matin, vous étonnant de ne pas entendre parler de ce général, vous envoyâtes vers Namur un de vos officiers, pour savoir ce qui se passait de ce côté-là. L’officier ne tarda pas à revenir et vous prévint que les Prussiens occupaient la route de Temploux à Namur et que le canon se faisait entendre du côté de cette ville. Vous vous mîtes alors à la tête de toute la cavalerie du général Valin, rouvrîtes la route de Namur et vous portâtes au galop du côté de la canonnade.

Envoyé par vous, M. le maréchal, au général Exelmans, pour lui porter l’ordre du jour et la proclamation pour faire connaître à l’armée l’abdication de l’Empereur et lui annoncer que les Chambres avaient reconnu Napoléon II comme son successeur, j’arrivai auprès du général à une heure avancée de la nuit et remplis ma mission ; lorsqu’il apprit ces nouvelles, je remarquai un mouvement d’humeur et d’emportement.

La veille, j’avais déjà rempli une mission près de ce général, en lui remettant un pli de votre part ; le général me dit en le quittant : « Dites au maréchal que les dragons de ma division ne veulent plus me suivre, ils prétendent qu’on les trahit ».

J’ajouterai à ces faits avoir entendu, pendant la retraite et par des militaires de diverses armes, dire : « Le bruit se répand par des officiers supérieurs et des généraux qu’il n’y avait pas d’autre parti à prendre que de placer sur le trône la dynastie d’Orléans (2)».

Recevez, je vous prie, M. le maréchal, avec votre bienveillance ordinaire, l’assurance de mon profond respect et de mon entier dévouement.

LE GOUEST,
Ancien lieutenant de hussards.

(1).On a su depuis que, quand les Prussiens apprirent que la passage de la Dyle avait été forcé par les troupes françaises et que vous marchiez sur ce point avec d’autre forces, ils firent filer
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MessageSujet: Re: EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   Ven 23 Déc 2011 - 6:54

Merci Rodolphe.
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MessageSujet: Re: EXTRAITS REGISTRE D'ORDRES DE GROUCHY   

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